Approche tissulaire de l'ostéopathie

L'immobilité de la vie

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Voilà donc enfin publié en français le second tome des textes de Rollin Becker L'Immobilité de la vie (The Stillness of Life). Lors de la parution du premier tome (La vie en mouvement), j'écrivais que cet ouvrage me semblait illustrer une transition essentiellen entre l'ostéopathie d'hier et celle de demain. Cela me semble encore plus vrai pour celui-ci qui va beaucoup plus loin dans la présentation des fondamentaux animant la quête du Dr Becker.
J'insiste encore aujourd'hui pour dire à quel point Rollin Becker me semble un personnage clé dans le passage de l'ostéopathie des origines, celle de nos grands devanciers – Still et ses premiers successeurs – et celle de demain. Dans ce passage, bien entendu, William Sutherland est également un personnage clé. Sans lui, à l'évidence, ce qu'a fait Becker par la suite n'aurait sans doute pas été possible.

Un des fondements essentiels de l'ostéopathie telle qu'elle a été développée par Still, c'est la globalité. Cette globalité, il ne la cantonnait pas à l'aspect corporel (ce qui aurait déjà été un grand pas dans la considération de l'humain par rapport à la médecine de l'époque et même encore, hélas, à celle d'aujourd'hui). Il l'étendait, il ne cesse de le répéter au long de ses écrits, aux dimensions et aux structures psychiques et spirituelles.
Il vivait probablement lui-même ces dimensions, mais faute de moyens pour transmettre ce qu'il percevait et savait faire à ce niveau, ces dimensions ont été le plus souvent ignorées de ses contemporains dans leur pratique courante de l'ostéopathie. Il est probable également que ces premiers ostéopathes ne possédaient pas en eux-mêmes toute les capacités d'être de Still et même s'ils évoquaient verbalement les dimensions plus larges de l'ostéopathie, ils l'ont, faute de capacités et de moyens pratiques pour la vivre à une autre dimension, logiquement rabaissée à une approche mécaniste. Ajoutons à cela que la soif de reconnaissance n'a fait qu'aggraver les choses. Le monde scientifique, déjà à cette époque détenteur du pouvoir de reconnaissance voyant d'un mauvais œil (c'est un euphémisme) tout ce qui évoque l'univers mental et, pire encore, spirituel. Si cela ne se mesure pas, ce n'est pas vrai...

Il y a eu pourtant des tentatives pour ouvrir pratiquement le champ d'investigation et de pratique. Je pense notamment à Herbert Hoffman dont le texte Esoteric Osteopathy (Ostéopathie ésotérique) écrit en 1908, ne semble pas avoir intéressé beaucoup de praticiens. Ce texte est récemment paru chez Frison-Roche dans un recueil de textes rassemblés par l'ostéopathe américain Zachary Comeaux sous le titre L'Âme de l'ostéopathie.
Becker, sans minimiser l'importance de la démarche scientifique ni les éléments que la vraie science peuvent apporter à l'ostéopathie, a su tracer une route qui nous permet de dépasser ces limites pour dialoguer d'une autre manière, à un autre niveau avec le vivant, pour l'aider à retrouver son meilleur potentiel de vie. Je crois que cela mérite qu'on lui rende hommage.

Comme bon nombre d'américains, il était particulièrement pragmatique et croyait fermement qu'une philosophie, aussi profonde qu'elle semble être, n'est utile que si elle ne s'exprime dans la pratique.

Il défendait l'idée que la « santé » correspond à une liberté totale de mouvement à l'intérieur d'un être vivant et ce, à tous les niveaux : corporel, mental et spirituel. Mais il comprenait également que le pouvoir de la vie réside dans l'immobilité qui centre le mouvement et percevait dans cette immobilité un potentiel inhérent (potency), d'une puissance se manifestant au sein de tous les êtres vivants pendant la durée de leur vie. Il a également souligné que cette immobilité et cette vie en mouvement existent aussi bien chez l'ostéopathe que chez patient. Ces propriétés de la vie, du mouvement, du potentiel inhérent et de l'immobilité sont autant de ressources disponibles permettant le rétablissement de la santé. Utilisant sa connaissance consciente et son habileté palpatoire, l'ostéopathe doit être capable de mettre en œuvre ces mécanismes de santé au sein du patient, vers un meilleur niveau de fonctionnement.

Alors que le premier volume contenait de nombreux textes présentés en public, celui-ci présente plus particulièrement des communications personnelles. D'un côté du spectre, on trouve de profondes articulations autour des concepts de base que le Dr Becker inculquait à son fils. À l'autre extrémité, on trouve les tentatives du Dr Becker visant à mettre en mots les aspects énergétique et spirituel de sa compréhension.

Certains échanges épistolaires avec le Dr Sutherland ou d'autres collègues sont également particulièrement éclairants quant au chemin parcouru pendant toutes ces années de recherche et de pratique.