Approche tissulaire de l'ostéopathie

Tenségrité

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D’abord, changer d’idée...

Accepter de changer d’idée sur l’os est probablement la première démarche accomplie (sans doute implicitement) par Sutherland. Nous connaissons l’histoire : alors qu’il commence ses études d’ostéopathie, il tombe en arrêt devant un crâne semi-éclaté. Germe alors en lui ce qu’il considérera longtemps comme son idée folle :

« Alors que je restais à contempler, tout en pensant, inspiré par la philosophie du Dr Still, mon attention fut attirée par les biseaux des surfaces articulaires de l’os sphénoïde. J’eus soudain cette pensée, – comme une pensée guide, – ‘biseautées, comme les ouïes du poisson, indiquant une mobilité pour un mécanisme respiratoire’ » (Sutherland A, 40).

Cette idée folle l’a conduit à changer deux idées fixes : l’immobilité des os du crâne et la rigidité absolue de l’os. Concernant la rigidité osseuse, nous sommes formatés dès nos premières « rencontres » avec l’os, qui se font avec des spécimens réduits à leur partie minérale, sèche, cassante, dure. C’est à partir de cette expérience initiale que s’élabore notre premier référentiel de la structure osseuse. Et comme elle est la première, elle prévaut implicitement tant qu’une expérience différente ne nous oblige pas à la réévaluer. Ce mal perçu se renforce du fait qu’en état de conscience normale, l’os nous apparaît effectivement comme rigide. N’est-il pas charpente ? Comment pourrait-il donc être autrement que rigide ?

« Nous ne discernons pas que cette rigidité est relative. En effet, l’os vivant est à la fois rigide et souple. Il est rigide grâce à ses composants minéraux, mais il est également souple, grâce à ses composants organiques. Lorsque nous le percevons rigide, nous nous référons à notre conscience minérale. Mais en nous référant à notre conscience organique (la vie), nous pouvons le sentir souple. C’est en modifiant notre état de conscience (notamment par le travail sur la présence) et en nous accordant aux paramètres objectifs (densité) de la structure osseuse que nous pouvons commencer à la percevoir comme plastique et à modifier notre modèle, notre conception » (Tricot, 2002 85).

Seule, semble-t-il, l’expérience a le pouvoir de modifier, de réactualiser un modèle implicite. Mais pour pouvoir expérimenter de manière neuve, il faut accepter de changer d’idée sur les choses, accepter qu’elles puissent être différentes de ce que nous pensions, accepter qu’une autre réalité puisse exister et n’être pas obligatoirement folle. Il faut accepter de nous déconnecter du passé pour parvenir à une expérience neuve. Cette remise en cause n’est pas si évidente que cela, comme nous le montrent tous les jours les détracteurs de l’ostéopathie. Mais, ayant intégré cela, nous pouvons comprendre Sutherland lorsqu’il écrit : « Les tissus osseux sont également fluides » (Sutherland 1990, 127).