Approche tissulaire de l'ostéopathie

Les lectures de Rollin Becker

livre chetananandaImmobilité dynamique

Swami Chetanananda
Partie 1 : pratique du Tika Yoga

Traduit et édité par Pierre Tricot, 280 p., ISBN : 978-2-9509175-5-3.

pdf_button pdf_buttonC'est la traduction des textes de Rollin Becker, ostéopathe américain, élève direct de William Garner Sutherland, le fondateur de l'ostéopathie crânienne, qui m'a amené à m'intéresser à Swami Chetanananda (Swamiji), à me procurer cet ouvrage et finalement, à le traduire. Avant d'avoir Dynamic Stillness entre les mains, et bien que je me sois quelque peu intéressé à la philosophie et à la spiritualité hindoues, (j'ai lu et me suis souvent référé à des auteurs comme Krishnamurti, Satprem, Sri Aurobindo et Mère et aux textes d'Arnaud Desjardins), je n'avais entendu parler ni du Shivaïsme non-dualiste du Cachemire, ni du Trika Yoga.
Dans la préface du second recueil de textes de Rollin Becker The Stillness of Life (L'immobilité de la vie), Rachel Brooks qui a côtoyé de près Becker et a rassemblé et édité ses textes, écrit ceci :

« Ma profonde gratitude envers mes enseignants, Swami Chetanananda et Rollin Becker. La grande affinité et le grand respect qu'ils avaient l'un pour l'autre ont créé pour moi un chemin extraordinaire pour avancer ; ils ont inspiré tout ce travail. »

De plus, sur les deux tomes de Dynamic Stillness, Chetanananda écrit la dédicace suivante :

« Ce livre est dédié à Rollin E. Becker dont j'apprécie particulièrement l'œuvre. Il a profondément servi l'humanité en démontrant à des milliers de personnes le potentiel guérisseur de l'Immobilité Dynamique. Merci Dr Becker. »

Les liens unissant Becker et Chetanananda

Voilà qui indique clairement que Becker et Chetanananda se sont connus et appréciés et qu’ils ont dû échanger sur les concepts philosophiques et spirituels qui leur tenaient à cœur. Cela a été suffisant pour m’intriguer et m’amener à me procurer les livres de Chetanananda. La lecture de ses textes, m’a conduit à me demander si Rollin avait suivi ses enseignements et jusqu’à quel point il s’était engagé dans la collaboration avec ce groupe spirituel. Le nombre de croisements dans les propos des deux auteurs le laissait supposer, mais rien de concret ne venait le confirmer.

Lorsque j’ai contacté les éditions Rudra Press, éditeur de Dynamic Stillness, en vue d’une traduction française, c’est Tom Fabrizzio, son manager, qui m’a répondu. Au cours de nos échanges de courriels, je lui ai demandé s’il disposait de quelques informations sur les liens unissant Becker et Chetanananda. Et voilà ce qu’il m’a répondu :

« Concernant le Dr Becker, oui, Swamiji et lui étaient devenus très proches et ils ont eu de nombreuses discussions. En fait les cendres du Dr Becker sont déposées ici dans notre lieu. Je peux voir l’endroit depuis ma fenêtre.
Le Dr Becker était un homme intéressant. Il ne parlait jamais beaucoup. Il se contentait de traiter. Lorsque Swamiji l’a consulté et a vu (plutôt ressenti) la puissance de son travail, il a été intéressé. Je pense que c’est à cause des flux d’énergie et de la libération des tensions (blocages) et du fait que votre système [l’ostéopathie] possède en lui tous les pouvoirs guérisseurs, même s’il a besoin de quelque promotion et encouragements.1
Ainsi, un jour que le Dr Becker avait terminé la séance qu’il donnait à Swamiji, il lui dit quelque chose du genre : « Je remarque que vous vous intéressez à ce que je fais ? » Il proposa à Swamiji une tasse de café (il m’en a proposé aussi un jour, et c’était un des plus mauvais cafés que j’aie bus...) et ils ont parlé pendant deux heures.
Une étroite relation s’est développée entre eux. Le Dr Becker à réellement entraîné Swamiji à son travail – comme il a fait d’ailleurs pour les médecins travaillant ici à l’ashram. Le Dr Becker venait souvent nous rendre visite.
Dans mon esprit, il ne fait aucun doute que par des chemins totalement différents la vérité du mécanisme énergétique a été révélée.
La semaine dernière, Swamiji (qui continue à me surprendre avec ses remarques) a exprimé quelque chose que je pense intéressant : il a dit qu’il pensait que nous avions quatre « cerveaux » – un dans les intestins, un dans le cœur, un dans les mains. Chacun contrôle certaines fonctions et bien entendu, ils sont interactifs. Mais ils peuvent opérer aussi indépendamment.
Je pense que le cerveau des mains du Dr Becker était considérablement développé. »

Tom Fabrizzio

Ce qui m’a intéressé, c’est de suivre la lignée, de remonter vers la ou les sources de certains des propos ou allusions de Rollin, et ce, afin de mieux comprendre sa démarche et sa manière d’être avec les patients et ce qu’il cherchait à transmettre.

Par ailleurs, un des courriers présentés par Rachel Brooks (16 mai 1978), concerne un échange entre Becker et un certain Swami Ram Baba. Il s’agit en fait de Swami Muktananda (1908-1982), gourou hindou, disciple de Bhagawan Nityananda, qui a initié Swamiji. Il s’agit donc d’une lignée d’enseignement, lignée qui a directement inspiré Becker et c’est la raison pour laquelle je m’y suis intéressé.

De quoi nous parle Chetanananda

Aucune traduction des ouvrages de Swamiji n’existant en français, je me suis attelé à celle de cet ouvrage. Malgré le travail important que cela représente, la traduction de textes fondamentaux, réserve souvent beaucoup de cadeaux au traducteur. Une des raisons en est qu’il n’est pas question, dans la traduction, de rester superficiel comme peut l’autoriser une simple lecture. Traduire, impose de chercher à comprendre le plus finement possible la pensée de l’auteur, ce qui oblige à « creuser » pour le rejoindre au plus profond de sa conscience. Et la traduction du texte de Swami Chetanananda a été pour moi, pleine de « cadeaux » que j’aimerais partager.

L’union à la Source

Ce qu’évoque Chetanananda et l’objet du Shivaïsme non-dualiste du Cachemire, c’est l’union à la Source. Ce qui existe avant l’apparition de la conscience et de la partition Je/non-Je, ce Fulcrum/Still-point qui nous centre tous et comment s’y relier.

Je ne puis m’empêcher de rapprocher cette quête du modèle du cône que nous développons en approche tissulaire. Dans ce modèle, implicitement, toute création part du Un (le simple et l’unitaire) pour aller vers le multiple (le complexe). Selon nous, c’est la partition du un qui crée la conscience et avec elle, l’idée et l’expérience de la séparation. Un chemin d’étude et de compréhension consiste à suivre la démarche déductive, à descendre dans le cône de création et à détailler toujours plus les éléments que nous découvrons. Mais comme nous le savons, ce chemin conduit immanquablement à la complexité et à la séparation des éléments. Nous avons délibérément choisi la démarche inverse, consistant à remonter dans le cône, démarche unificatrice et simplificatrice.

Par ailleurs, ce modèle conduit à penser que le Créateur est totalement impliqué dans ses créations, et non extérieur à elles. De plus ces créations qui sont « à son image », c’est-à-dire qu’elles présentent toutes les caractéristiques fondamentales du divin et que dans ces conditions, la création, y compris nous-mêmes sommes le Créateur en manifestation. Ce concept, largement développé par Becker dans L’immobilité de la vie l’a conduit au travail avec ce qu’il appelle le Partenaire Silencieux.

Pour notre approche, nous nous sommes dotés d’un modèle pour la conscience qui nous a permis de développer des procédures tenant compte de ces éléments pour aider tout système vivant, ou système de consciences, à mieux gérer ses relations. Mais qui dit conscience dit invariablement séparation (le je et le non-je, le sujet et l’objet, moi et autrui).

Chetanananda nous dit, et Becker en écho également, que nous ne sommes pas ce que nous croyons être ou ce dont nous faisons l’expérience journellement dans nos relations par l’intermédiaire de notre système sensoriel. Il nous dit que notre essence est divine et nous propose un chemin pour remonter dans le cône à la rencontre de ce divin (Shiva pour les hindouistes) qui est nous. Le modèle du cône pourrait laisser penser que ce Centre se situe quelque part hors de nous. Il semble que ce ne soit pas juste. Ce Centre est véritablement au centre de nous. Il est nous. Telle est la proposition du Shivaïsme non-dualiste du Cachemire.

Puisqu’il nous centre c’est en nous et non hors de nous qu’il faut le chercher. L’outil principal pour accomplir cela, c’est la méditation. Et l’outil de méditation qu’utilise Chetanananda et qu’il nous propose d’essayer, c’est le Trika Yoga. Dans cette quête, les mots ne peuvent guère nous aider. C’est une expérience et l’intérêt de l’ouvrage de Chetanananda, c’est d’essayer de nous engager dans cette expérience qui ne peut qu’être très personnelle. Pourtant, les propos de Chetanananda demeurent toujours compréhensibles. Pas de grande théorie, ni d’argumentations complexes. Des choses simples, de bon sens, qui touchent par leur justesse et leur vérité.

Enfin, si nous reprenons les propos de Tom Fabrizzio : « Dans mon esprit, il ne fait aucun doute que par des chemins totalement différents la vérité du mécanisme énergétique a été révélée, » il indique clairement que par des chemins différents Chetanananda et Becker sont arrivés à des conclusions similaires. Et ce qui m’a particulièrement intéressé, c’est la manière dont les propos de Chetanananda viennent renforcer l’expérience proposée par Becker (et inversement).

Ce que cela peut nous apporter

Becker, comme Chetanananda, nous parlent sans cesse d’amélioration personnelle que Swamiji exprime comme le désir de croître. J’ai personnellement, et depuis fort longtemps, l’intime conviction que les limites de l’ostéopathie sont essentiellement celles de l’ostéopathe, ce qui m’a conduit à « m’occuper de moi » pour tenter de découvrir et de réduire les facteurs essentiels me limitant. Ces facteurs, je les ai trouvés dans ce que j’appelle aujourd’hui les rétentions, c’est-à-dire des blocages dans la circulation de l’information (nous définissons l’énergie comme information en mouvement) consécutifs à ce que je n’ai pas accepté de vivre dans ma vie d’être depuis que j’existe en tant qu’être. Ces rétentions, Chetanananda les nomme tensions et le travail qu’il propose, vise à découvrir ces tensions et à les réduire par intégration. Là encore, la méditation est l’outil principal pour faire cela.

Ainsi ce qui est proposé va bien au-delà de la simple amélioration d’un outil à usage professionnel. Il s’agit d’un système pour s’aider soi-même pour se libérer des tensions qui nous coupent de notre essentiel spirituel. Il nous invite donc à une démarche personnelle simple (mais pas facile), une aide pour atteindre les qualités d’être dont nous avons souvent rêvé sans penser qu’elles nous étaient accessibles, pour autant qu’on se donne la peine d’y travailler.

D’autres auteurs également

Les allusions de Rollin Becker renvoient également à d’autres auteurs, et notamment à Joël Goldsmith (1892-1964) et Walter Starke, un de ses disciples. Deux mystiques américains qui développent des idées et une spiritualité similaires, mais exprimées dans la tradition biblique occidentale. Dans The Mystical I (Le Je mystique), et dans The Gospel of Relativity (L’Évangile de la relativité) que j’ai également traduits, Goldsmith et Starke nous disent la même chose, avec des mots différents, ce qui, à mes yeux démontre l’unicité de cette vérité et donc son intérêt. J’espère pouvoir présenter ces textes au lecteur français un jour prochain.

Une édition personnelle

Enfin, Sully, mon éditeur, n’ayant pas souhaité éditer cet ouvrage, cela m’a poussé à le faire comme je lai fait pour Incendie sur la prairie, à savoir en mon nom propre.
C’est la raison pour laquelle cet ouvrage ne se trouve pas dans le circuit des libraires habituel. Si vous êtes intéressé
(e) et désirez vous le procurer (ce à quoi je vous engage fortement ! ;-)) il convient de remplir le bulletin de commande du dépliant joint et de me faire parvenir votre commande par courrier postal. pdf_button (Édition aujourd'hui épuisée).

1 Tom Fabrizzio fait référence à l’ostéopathie américaine, plutôt confidentielle et peu pratiquée, même par les ostéopathes américains dont la plupart se contentent de pratiquer la médecine classique.