Approche tissulaire de l'ostéopathie

Louisa Burns et ses lapins

Peut-être avez-vous entendu entendu parler d'une ostéopathe américaine contemporaine de Sutherland, Louisa Burns (1868-1958). Elle a, elle aussi reçu son diplôme d'Andrew Taylor Still (dont certains se souviennent encore qu'il a été le fondateur de l'ostéopathie...) Elle a été une figure marquante dans le domaine de la recherche ostéopathique dans la fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe. Elle s'est en particulier illustrée par l'étude des conséquences des lésions ostéopathiques vertébrales induites chez l'animal.

burns-lapins

Lorsque j'ai commencé mes études d'ostéopathie, dans les années 1970, mes maîtres français René Quéguiner et Francis Peyralade et américains, Viola Frymann et Tom Schooley nous parlaient de ses recherches qui semblaient prouver que des lésions ostéopathiques vertébrales induites chez l'animal avaient des conséquences directes sur certaines fonctions régulées par les systèmes sympathiques et parasympathiques.
Des textes existaient, publiés dans les Yearbook américains, mais nous n'y avions pas accès à l'époque.
Et voilà que récemment, un ami ostéopathe de Laval, Laurent Gaisnon, en furetant sur Internet à découvert une vidéo sur Youtube qui reprend un vieux film des années 1950 illustrant de telles recherches sur le lapin.
Je n'ai pu résister à l'envie de présenter ce lien sur le blog, parce que j'ai trouvé cette vidéo particulièrement intéressante, à plusieurs titres.

  • Tout d'abord, évidemment, par la présentation très concrète des conséquences de lésions induites sur les dorsales supérieures ou sur la base du crâne, avec les résultats immédiats sur le rythme cardiaque de l'animal (différentes selon que la lésion est induite sur les dorsales hautes et sur la base du crâne – Xe crânien). On peut entendre et voir sur graphe les différences et le résultat est bluffant.

  • Ensuite, et bien que l'image ne soit pas de très bonne qualité (un vieux film peut-être tourné avec du matériel amateur), elle permet tout de même de visualiser les conséquences tissulaires cardiaques de ses lésions maintenues sur du long terme. Donc, c'est bien vrai, des lésions vertébrales ont des conséquences sur le fonctionnement du corps ! Mon cardiologue en est encore tout renversé !

  • Mais il y a encore une autre chose qui m'a interpellé, c'est la manière dont le praticien manipule la colonne cervicale de son patient, à la fin du film. Il est bien dommage que cette séquence soit si courte et si peu explicative. Pourtant, elle m'a rappelé notre visite chez Richard Still Jr, l'arrière petit-fils d'Andrew Taylor Still, lors d'un voyage organisé par Bruno Ducoux à Kirksville. Nous n'y avons guère rencontré l'ostéopathie, mais nous avons pu en revanche rencontrer et nous entretenir avec Richard Still Jr qui nous a parlé de l'ostéopathie des premiers temps et nous a montré sa manière de travailler, notamment les cervicales. C'était doux, précis, extrêmement respectueux des tissus et, aux dires des personnes sur qui il a travaillé, très efficace. Il nous disait également, devant notre étonnement à le voir ainsi manipuler les cervicales, que son arrière grand-père, Andrew Taylor, n'était pas favorable aux techniques de haute vélocité basse amplitude et qu'il travaillait, lui aussi de manière douce sur les vertèbres.

    Cela nous avait conforté quant à notre manière (en approche tissulaire) de contacter les tissus de nos patients et de travailler avec eux et évitait bien des effets secondaires indésirables pour le patient.
    Mais une telle manière de travailler suppose un entraînement à la palpation particulièrement poussé qui ne semble pas faire partie de l'enseignement actuel. Dommage.