Approche tissulaire de l'ostéopathie

Livre : Philosophie de l'ostéopathie

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William Smith et les Littlejohn étaient médecins et fervents partisans de la médecine scientifique qui commençait à se développer. Martin préférait une ostéopathie largement fondée sur la physiologie plutôt que sur l’anatomie. Bien qu’il fut attiré par les principes naturalistes sous-jacents à la science de Still, croyant à l’approche sans drogue, Littlejohn défendait ardemment que tout ce qui fait partie de la science médicale – excepté la matière médicale –, devait être inclus dans le programme d’étude et de pratique.[5] Ainsi, sous l’action conjuguée de William Smith et des frères Littlejohn, le caractère de l’ASO commença de changer ce qui aboutit à d’inévitables heurts avec Still.

E. R. Booth, un des premiers ostéopathes, évoque ces conflits : « en plusieurs occasions, Still ferma l’école pour discuter avec les enseignants de la compatibilité du diagnostic médical et de l’ostéopathie. Un étudiant se rappela Still faisant irruption furieux dans une salle de classe, écrivant frénétiquement au tableau : ‘Pas de physiologie !’ » (Booth, 1905, 493) Ceci est important pour nous permettre de comprendre l’attitude de Still et les propos qu’il tient dans Philosophie de l’Ostéopathie. Il y défend une conception presque purement anatomique de l’ostéopathie, accordant peu de place aux connaissances en physiologie.

On peut être surpris de l’attitude de Still face aux avancées des sciences médicales de son temps. De la part d’un homme qui a toujours été favorable au progrès, cette attitude étonne. N’écrivait-il pas dans l’Autobiographie : « Mon père était un fermier progressiste, et il était toujours prêt à laisser de côté un vieille charrue s’il pouvait la remplacer par une autre mieux adaptée à son travail. Durant toute ma vie, j’ai toujours été prêt à acheter une meilleure charrue » (Still, 1998, 168). Il est probable que les raisons profondes expliquant une telle attitude sont multiples et diffuses. Pour Still, le danger principal de la recherche médicale, vient de l’assimilation de tous les nouveaux aspects apportés en un tout : mélange de la physiologie avec les autres disciplines telles que la pharmacologie. Or, on sait à quel point il a toujours été hostile à l’utilisation des drogues : « j’ai appris que les drogues sont dangereuses pour le corps et que la science de la médecine n’est – comme l’admettent certains grands praticiens –, qu’une hypocrisie. » (Still, 1998, 41) Il ressentait donc un danger à accepter ce que pouvaient apporter les développements médicaux de l’époque avec le risque de voir s’émousser l’identité, l’originalité et la pureté de l’ostéopathie. Les difficultés actuelles de l’ostéopathie américaine nous prouvent la justesse de son pressentiment.

Enfin, bien que Still ait apparemment été séduit par la personnalité et le savoir de Littlejohn, il semble que des conflits soit rapidement nés entre les deux hommes, J. M. Littlejohn, sans doute aussi sûr de sa position que l’était Still de la sienne, ayant certainement été très malhabile dans la manière de procéder pour la faire accepter.
Pour terminer, n’oublions pas que malgré la grande ouverture d’esprit dont il fit preuve toute sa vie, Still est maintenant âgé de 71 ans. L’accumulation des certitudes amassées au cours d’un long exercice professionnel, couronné de nombreux succès lui a donné une conviction absolue quant à la véracité de ses théories. De plus, ces certitudes ont été acquises dans la souffrance, face à un ostracisme médical et religieux difficile à imaginer. Cela, associé à sa personnalité peu encline à la souplesse et au compromis et à la rigidité que confère souvent l’âge, nous permet de comprendre que les propos ne soient pas mesurés.