Approche tissulaire de l'ostéopathie

Livre : Approche tissulaire, livre 1

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Transmettre
Dans Manhood of Humanity, Alfred Korzybski, le père de la sémantique générale[1], évoque une caractéristique spécifique à l’homme qui le distingue des autres espèces animales : la capacité potentielle de chaque génération humaine à commencer (approximativement) là où s’est arrêtée la génération précédente, et qui fait que nos enfants n’auront pas à réinventer le feu, la roue, l’eau chaude, les ordinateurs, etc. Il écrit : « Une analyse fonctionnelle, libérée des anciennes suppositions zoologiques et mythologiques, a montré que les humains, dotés du système nerveux le plus développé, se distinguent spécifiquement par l’aptitude, d’une personne ou d’une génération, à commencer là où la précédente s’est arrêtée. J’ai nommé cette aptitude essentielle le time-binding. Ceci ne peut être accompli que par une classe de vie utilisant des symboles comme moyens de time-binding. Une telle aptitude repose sur, et nécessite, de ‘l’intelligence’, des moyens de communication, etc. À ce niveau fondamentalement humain d’interdépendance, le time-binding conduit inévitablement à des sentiments de responsabilité, de devoir envers les autres et le futur, et par conséquent à une forme d’éthique, de morale, et à des réactions sociales et/ou socio-culturelles semblables. » (Korzybski, 1950, 1). Ne pas transmettre, c’est interrompre une chaîne, empêcher ou en tout cas ralentir un processus évolutif de toute manière inéluctable.

Problèmes de transmission
Transmettre, donc, m’apparaît essentiel. Mais mon expérience d’enseignant m’a appris que ce n’est pas si facile. Un problème majeur est l’altération : chaque fois qu’une information est transmise, elle est altérée, par celui qui la transmet comme par celui qui la reçoit. Il s’agit d’une simple constatation. Il y a là un phénomène, et il semble inéluctable. Nous devons donc faire avec, tout en essayant, puisque nous en sommes conscients, de le minimiser. Dans les civilisations moins développées que la nôtre, une large part de la transmission de la connaissance se faisait oralement. Nous pourrions donc penser qu’il peut en être encore ainsi de nos jours. Ce serait méconnaître le fait qu’aujourd’hui, le savoir à transmettre, et l’outil de transmission – le langage – sont devenus très diversifiés et donc particulièrement complexes.

À partir de ce constat, il convient de réfléchir et de mettre en place des moyens permettant de réduire le plus possible les effets inhérents à la transmission de l’information. Il me semble que malgré ses imperfections, la transmission écrite demeure le meilleur système : à celui qui veut transmettre, l’écrit donne le temps suffisant pour élaborer, construire, ordonner, corriger, avant de délivrer ; à celui qui reçoit, l’écrit fournit une source stable, persistante, à laquelle se référer en toutes circonstances en cas de doute. Enfin, l’écrit limite l’altération inhérente à la transmission : une information transmise de bouche à oreille s’altère à chaque transmission ; la référence à une source unique ne conduit qu’à une seule altération pour chaque personne qui s’y réfère.