Approche tissulaire de l'ostéopathie

Livre : Approche tissulaire, livre 1

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L’ostéopathie, une cohérence
Dans son livre Naissance de l’ostéopathie, Carol Trowbridge montre que l’ostéopathie résulte de l’intégration de principes puisés par Still dans la médecine, la phrénologie, le mesmérisme, le reboutement, l’évolutionnisme, le spiritualisme et bien d’autres sans doute, qu’il a intégrés dans un nouveau corpus. Cependant, bien que résultant de l’assemblage d’éléments provenant de différents domaines, l’ostéopathie, est devenue une entité à part entière, présentant sa propre cohérence. Tous les éléments y sont intégrés et n’ont plus lieu d’exister séparément. Ainsi, bien que Still ait exercé phrénologie, mesmérisme, reboutement et médecine, il finira par refuser de considérer ces pratiques comme étant des parties de l’ostéopathie. Pour lui désormais, l’ostéopathie est une : « Certains pensent que l’ostéopathie est un système de ‘massage’, d’autres qu’il s’agit de ‘guérison par la foi’. Pour ma part, je n’ai aucune ‘foi’, je désire seulement que le fondement soit la vérité. D’autres pensent qu’il s’agit d’une sorte de chamanisme magnétique. Elle n’est rien de tout cela ; elle est fondée sur des principes scientifiques » (Still, 1998, 252). Également : « Si, parce que je dénonce les drogues, vous me prenez pour un scientiste chrétien [2] retournez chez vous, prenez une dose de raison et débarrassez vous de telles notions. Si vous me considérez comme mesmériste, une grande dose d’anatomie pourrait chasser cette pensée. » (Still, 1998, 213-214).

Ce phénomène est souvent difficile à comprendre. On pourrait penser qu’il s’agit de trahison, que Still n’est pas intègre et oublie ce qu’il a été. Je ne le pense pas. Pour moi, il s’agit de cohérence : « On utilise des filets pour attraper les poissons ; mais lorsque les poissons sont pris, ou oublie les filets. On utilise des pièges pour attraper les lièvres ; mais lorsque les lièvres sont pris, on oublie les pièges. Les mots sont utilisés pour transmettre les idées ; mais quand les idées sont saisies, les hommes oublient les mots. » (Talbot, 1984, 93). Cela nous permet également de mieux saisir le sens de certaines citations : « Nous croyons que notre maison thérapeutique est juste assez grande pour l’ostéopathie et que si d’autres méthodes y pénètrent, beaucoup d’ostéopathie devra en sortir. » (Still 2001, 23).

« La cohérence de l’ostéopathie est sans doute l’élément majeur qui lui a permis de traverser les quelques cent années écoulées tout en demeurant bien vivante, malgré les oppositions violentes, les mauvaises interprétations, les malversations dont elle a été victime, malgré les ostéopathes eux-mêmes. Cette cohérence est un formidable fulcrum, un point d’appui d’une stabilité à toute épreuve. Au cours de l’histoire, de nombreux systèmes ont aidé les hommes à vivre et à se soigner. Aucun ne s’est maintenu, sans doute parce qu’aucun n’a présenté une telle cohérence, une telle fidélité par rapport aux essentiels de la vie, ou bien parce que ceux qui en avaient la charge n’ont pas su maintenir la cohérence du système qu’ils utilisaient. Cela devrait nous servir de leçon. Tant que nous demeurons dans cette cohérence, nous pouvons nous épanouir et prospérer. Notre survie aujourd’hui en tant qu’individus et en tant que groupe dépend étroitement de notre fidélité et de notre attachement à cette cohérence. » (Tricot, 1998, 39)

Still l’indiquait déjà : « N’ayez pas peur des ennemis qui ont attaqué chaque progrès que nous avons entrepris. Ils ne peuvent nous nuire, leurs coups ne sont que bénédictions déguisées. Notre plus grand danger, le seul danger qui peut en fait menacer le futur de l’ostéopathie réside dans les erreurs de ceux qui se prétendent nos amis. » (Hildreth, 1942, 211).