Approche tissulaire de l'ostéopathie

Livre : Approche tissulaire, livre 1

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Difficile à expliquer
En même temps, cette cohérence rend l’ostéopathie difficile à expliquer et à comprendre, même et surtout aujourd’hui, pour quelqu’un d’extérieur. Le témoignage du Dr Smith [3], dont parle Still dans son Autobiographie est à ce propos très intéressant. Après s’être fait soigner par Still, Smith lui demande d’expliquer l’ostéopathie : « Ce qu’il me dit semblait tellement éloigné de tout ce qu’on m’avait enseigné dans les écoles médicales, si complètement absurde et chimérique que je lui demandais des preuves de ce qu’il avançait. Les preuves me furent données par les quelques seize patients qui témoignèrent de leur condition lors de leur arrivée à Kirksville et de leur état consécutif au traitement. [...] Laissez moi vous dire que l’ostéopathie ne peut être évaluée que par un esprit clair et sans préjugé. Si un homme, un médecin, vient à Kirksville et entend ce qu’il entendra tout en raisonnant à partir de ce qu’il a appris dans une école médicale, la seule conclusion possible pour lui est que l’ostéopathie est une tromperie et une illusion, une gigantesque foutaise destinée à extorquer tous les mois des centaines de dollars aux malades et aux affligés. Mais, si l’investigateur se donne la peine d’approcher le problème comme s’il n’y connaissait rien (et quatre années d’expérimentation de l’ostéopathie, me permettent d’affirmer que les docteurs n’y connaissent pas grand chose), de ne rien accepter pour acquis, de n’accepter aucune déclaration pour ou contre l’ostéopathie, mais de se contenter d’interroger une douzaine de patients en les considérant comme des hommes et des femmes sensés et non comme des hystériques, prêts pour l’asile d’aliénés ou comme des menteurs patentés, alors, s’il est homme honnête, il devra conclure, comme je le fis, qu’il existe encore des choses dans l’art de guérir qui ne sont pas connues de la profession médicale. » (Schnucker, 1991, 75).

Difficile à transmettre
Pour les mêmes raisons, l’ostéopathie est difficile à transmettre. C’est un des problèmes majeurs que Still eut à confronter sur la fin de sa vie. D’ailleurs, en 1891, alors qu’il envisageait la création de son école, il envoya son fils Charles auprès du juge Ellison, chargé d’accorder les statuts pour ce genre d’organisme. Celui-ci refusa, répondant : « Ne vous faites pas d’illusions. Votre père a un don, mais lorsqu’il mourra, ce système disparaîtra avec lui. » (Trowbridge, 1999, 141).

Still fit ce qu’il put compte tenu de la conscience des gens qui l’entouraient et de la sienne propre. Aujourd’hui, le flambeau est entre nos mains. Tout n’a pas été transmis, et de loin. C’est à nous de poursuivre. Et nous rencontrons la même difficulté : transmettre un tout indivisible. Nous ne pouvons faire autrement que de le morceler. Ce morcellement est aggravé par la vertigineuse multiplication des données concernant notre monde et la vie, intervenue depuis cent ans. Transmettre l’ostéopathie est aujourd’hui une gageure ! Le morcellement, même si les nécessités de l’enseignement y obligent, va dans une direction résolument opposée à la direction stillienne. Le risque est de voir le concept ostéopathique se diluer, perdre la cohérence qui fait sa puissance. Les difficultés des ostéopathes américains [4] nous montrent ce qu’il ne faut pas faire.

Nous devons donc être particulièrement attentifs à retrouver nos source, à nous y relier, à tenir le fil d’Ariane qui nous unit aux fondements essentiels de l’ostéopathie et de la vie. C’est le seul moyen de pouvoir réintégrer les données pour retrouver la cohérence, l’intégrité, gages de notre survie.