Approche tissulaire de l'ostéopathie

Livre : Approche tissulaire, livre 1

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Globalité
L’approche de Still, les recherches de Littlejohn et la vision de Sutherland présentent une autre caractéristique : ils envisagent les choses globalement, alors que le scientifique d’aujourd’hui morcèle pour mieux peser, mesurer, classer, ce qui le place le plus souvent en totale rupture de globalité. Nous constatons journellement les effets catastrophiques que cela engendre, mettant en péril la survie des espèces vivantes – y compris les humains – et de la planète tout entière. Ainsi, la démarche d’un ostéopathe est aujourd’hui totalement anachronique par rapport aux orientations et fulcrums de notre monde. Pas étonnant que nous ressentions quelques difficultés existentielles !

Envisager les choses à la lumière du concept de globalité fait par ailleurs surgir une question évidente et prégnante : où s’arrête la globalité ? Still et Sutherland avaient une vision très large à ce propos, envisageant l’homme comme partie d’un vaste complexe ordonné : la Création. Ils avaient une vision cosmique, universelle. Certes, les modèles qu’ils ont utilisés pour l’exprimer ne nous conviennent plus aujourd’hui, mais cela ne signifie pas qu’ils se trompaient. Nous confondons trop souvent le modèle et ce qu’il tente d’exprimer, rejetant le bébé avec l’eau du bain, plutôt que de chercher l’essence des choses.

Notons également que la philosophie stillienne est profondément holistique et éthique, le conduisant à un profond respect de l’homme et la vie et de la Création tout entière. L’ostéopathie a cent ans ; en cent ans, l’essentiel de l’homme vivant a-t-il changé ? Je suis bien certain que non. Et Still le savait bien : « Notre science est jeune mais les lois qui la gouvernent sont aussi vieilles que le monde. » (Truhlar, 1950). Ce qui a changé, ce sont les interprétations ou les explications que nous en donnons, les modélisations élaborées à la lumière des découvertes de la science et de la médecine, de sorte que l’approche ostéopathique demeure aujourd’hui aussi véridique et applicable qu’il y a cent ans. Il n’y a donc aucune raison d’abandonner nos essentiels.

Le cœur et la raison
Enfin, Still, Littlejohn, Sutherland et beaucoup d’autres grands ostéopathes qui ont transmis leur savoir, s’ils furent des êtres de raison, furent également des êtres de cœur et c’est à notre cœur qu’ils s’adressent. Notre époque, privilégiant le scientifique, le rationnel, oublie la plupart du temps le cœur, l’affinité, moteur essentiel de la vie. Or, c’est à la vie et au vivant que nous nous adressons. Cela caractérise la démarche de l’ostéopathe, la différenciant radicalement de la démarche médicale classique.
Still nous exhorte à vivre ce que nous sommes : « Notre école s’est déclarée progressiste. Nous essayons de suivre le commandement ‘Tu ne mentiras point’. Vivons ce que nous proclamons. » (Still, 1902, 25). Il importe également que nous osions dire ce que nous vivons, sans honte ni retenue.

Finalement, le choix
Alors, pour toutes ces raisons, j’ai décidé d’exprimer comment je conçois et vis aujourd’hui l’ostéopathie. Je fais totalement miens ces mots de Hugh Milne : « J’ai laissé de côté mes scrupules personnels à reconnaître mon intuition et la manière ‘non scientifique’ (non reproductible) dont je travaille. […] Le seul livre crânio-sacré valable que je considère utile d’écrire est celui qui explique comment, à ses niveaux les plus élevés, le travail crânio-sacré entrecroise le savoir, la perception et l’intention. S’il doit en résulter que mon ouvrage soit dévalorisé et sujet à la risée, considéré comme un chamanisme New-age, qu’il en soit ainsi. Je connais une autre vérité, une vérité poétique, non pas scientifique : c’est comme cela que les choses surviennent réellement. Comme l’écrivait Albert Einstein dans une lettre à Gertrude Warshauer : ‘À l’époque de Faraday, la spécialisation obtuse qui examine avec suffisance à travers des lunettes à grosses montures et détruit la poésie, n’existait pas’. » (Milne, 1985, 3).