Approche tissulaire de l'ostéopathie

Intérêt de l'activation du cerveau droit en ostéopathie


Arnaud Grin, Juin 1997, Paris

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Résumé du mémoire

Il n'est pas de problématique humaine pouvant ignorer les données que les neuropsychologues sont en train de nous révéler dans le domaine de l'asymétrie cérébrale, de la répartition des tâches entre les deux hémisphères cérébraux et de leur nécessaire et subtile intégration.
La découverte encore balbutiante, fragmentaire, selon laquelle il faut que nos deux cerveaux coopèrent pour nous donner la connaissance sera un jour appréciée dans toute son importance.

Jusqu'ici, c'est tantôt par le cerveau gauche, celui de l'analyse et de la logique, tantôt par le cerveau droit, celui de l'intuition, que cette quête de la connaissance a été menée, selon les époques, les traditions, les civilisations.
Sur la base de cette dichotomie, nous allons survoler le rôle du cerveau droit et du cerveau gauche dans les cultures et civilisations et  comparer le complexe culture-civilisation de l'orient et de l'occident.

La civilisation se caractérise entre autre par la science au service des techniques afin de résoudre les problèmes posés par la vie en commun, qu'il s'agisse de solutions légales, politiques, administratives, de l'urbanisme ou de satisfaire aux besoins sanitaires ou alimentaires.
La culture ne concerne pas directement les questions envisagées ci-dessus, elle constitue d'abord une vision du monde et des rapports entre le monde et l'homme.  La littérature, l’art, la langue, la religion, l'histoire... façonnent et influencent en permanence cette culture.
Il nous sera facile et enrichissant d'établir un pont entre ces deux mondes et notre monde ostéopathique vu sous ses deux aspects :     
• le premier : scientifique, analytique, logique où le raisonnement prime ;  correspondant au travail de l'hémisphère gauche.
• le second : empirique, global, analogique où l'intuition prime ; correspondant au travail de l'hémisphère droit.

Aujourd'hui, les enregistrements de l'activité cérébrale par émission de positrons permettent, grâce à l'injection de glucose radioactif consommé par les zones du cerveau activé, d'identifier chez l'homme les régions qui sont en activité au cours de telle ou telle tâche mentale, de tels tests, etc. Ce qui est en train de fournir aux neurobiologistes des données du plus grand intérêt.

Nous allons vers une cartographie dynamique détaillée du cerveau humain, probablement appelée à bouleverser bien des théories sur la mémoire, sur la pensée et sur la conscience. Peut-être pourrons-nous un jour identifier quel hémisphère, quel lobe, quel zone cérébrale travaille chez tel ostéopathe revendiquant une pratique inspirée de ses maîtres W.G.Sutherland, Still, où Becker  et comparer les
résultats obtenus avec  ceux  d'un ostéopathe plus structurel inspiré de De Jarnette, D.D Palmer ou Thomson.

Il sera alors « scientifiquement » possible d'objectiver ce qu'ils ont en commun dans leur pratique, c'est-à-dire d'identifier les mêmes zones cérébrales dont ils se servent et d'analyser celles qui sont complémentaires. Ainsi pourront-ils comparer leur approche, élargir l'éventail de leur pratique en apposant leur deux conceptions et non plus en les opposant comme c'est parfois le cas.

Notre profession n'est pas à l'abri des chapelles,  si ce mémoire pouvait contribuer à comprendre le travail, l'approche des uns et des autres en proposant une tentative d'explication sur l'imbrication subtile existant entre la science, la technique, l’art, l'intuition, elle toucherait son but.

Résumé du mémoire
Ce sujet s'est imposé à moi comme une énigme que je devais résoudre pour grandir. Tout est parti d'un constat : depuis huit années que je pratiquais consciencieusement l'ostéopathie, le principe de globalité n'était pour moi qu'un concept dont nous parlions tous, élèves et jeunes diplômés, mais que bien peu appliquaient réellement. Par un souci d’efficacité, j'ai complété ma formation par deux années de stages sur les techniques structurelles et j'ai acquis bien évidemment une certaine maîtrise.

Paradoxalement, l'augmentation de mes connaissances et l'ouverture à de nouvelles techniques ne m'ont pas permis d'accéder à la quintessence ostéopathique, bien au contraire, je me suis perdu dans une multitude d'informations dont je ne savais que faire. La règle selon laquelle il ne faudrait agir que lorsque l'on maîtrise tous les paramètres d'une lésion, d’un schéma lésionnel, où d'un équilibre
fragile d'adaptation bloque toute tentative d'exploration intuitive, l'esprit d'initiative, obnubilés que nous sommes par le raisonnement scientifique, la logique et le besoin exacerbé de reconnaissance de la profession. L’apprentissage de l’ostéopathie au sein des écoles, se fait en privilégiant l’hémisphère gauche, et ce pour des besoins pédagogiques ; les formidables possibilités de l’hémisphère droit ouvrent des voies passionnantes qu’il serait bon d’évoquer durant les études. L’intuition, la globalité et l’esprit de synthèse associés à la logique du raisonnement et de l’analyse permettent d’accroître notre efficacité.

A cette période, bon nombre d'ostéopathes confirmés que je connaissais avaient abandonné les techniques structurelles au profit des techniques fonctionnelles où tissulaires. Le doute s'est alors mis dans ma tête en confrontant l'ostéopathie analytique, logique et standardisée que je pratiquais  avec celle que j'imaginais, aérienne, artistique, inspirée et dont les représentants étaient pour moi des
références.

Je me suis alors tourné  vers ceux qui pouvaient combler une partie de mon manque et ce fût la rencontre de A. Abeshera (l'ostéopathie projective) et de P. Tricot (l'écoute tissulaire) qui me guidèrent sur un nouveau chemin en me fournissant la matière à réflexion de cette thèse. Les livres, les rencontres et le hasard firent le reste.

L'étude de notre hémisphère droit n’a cessé dès lors de m'émerveiller tant elle apporte de réponses à de nombreuses questions concernant les domaines de « l'irrationnel », éclairant d'explications inédites des sujets comme :  le langage, l’art, la conscience, l'inconscient, les valeurs, les émotions, la décision, le sport, l’art de vivre, l'authenticité, le charme etc. Cela m'a permis de mieux comprendre d'autres cultures comme celles du Japon, de l'Inde, de la Chine ou des pays Arabo-islamiques.

Le sujet étant vaste, nous explorerons dans un premier temps l'étendue  de nos connaissances sur le cerveau afin de nous donner une culture générale et nous évoquerons les dernières découvertes ainsi que leur incidence sur l'étude des comportements.

Enfin, nous réduirons le sujet à ce qui nous intéresse, c'est-à-dire l'application ostéopathique de ces nouvelles données.
L'idée défendue est de reconnaître l'importance de la simultanéité du fonctionnement des deux hémisphères pour une pratique de l'ostéopathie plus riche, plus créative, où comme le disait Becker, ce que l'on sent est plus important que ce que l'on pense.

Le rôle du cerveau droit et son utilisation dans notre pratique devrait sans doute être intégré au cursus des études afin que le concept ostéopathique ne se perde pas dans les méandres du raisonnement scientifique et qu'il  conserve la trace, le souffle originel.

Il existe plusieurs vérités, plusieurs réalités en ce monde, apprenons à changer de point de vue pour découvrir les différentes facettes de l'ostéopathie  et rappelons  que sa pratique est  un  art qui exige du talent.