Approche tissulaire de l'ostéopathie

Héritiers dans l'être ou dans l'avoir ?

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Tout cela évoque irrésistiblement la célèbre phrase attribuée à Still : « La structure gouverne la fonction ». Remarquons cependant que même si cette phrase laconique résume assez justement un des concepts fondamentaux de l’ostéopathie – la relation de la structure et de la fonction –, on ne la trouve ainsi formulée dans aucun des écrits publiés de Still… Par ailleurs, ainsi énoncé, le concept devient ambigu, notamment à cause du mot gouverne dont le sens s’est considérablement altéré avec le temps. Cette ambiguïté a conduit plus d’un ostéopathe à accorder à la structure plus d’attention que nécessaire. Gouverner, nous dit Larousse, c’est diriger à l’aide d’un gouvernail. Or la fonction d’un gouvernail, c’est d’orienter vers une direction, pas de pousser. Autrement dit, la force, la puissance motrice vient du moteur, un système indépendant du gouvernail.

Chez le vivant, la structure oriente la pulsion vitale, mais la puissance vient de la vie. C’est la vie donc que nous devons comprendre. Pour les besoins de notre modélisation, nous allons ainsi définir structure et fonction :

La structure : dans le monde du vivant, la structure est une organisation matérielle destinée à orienter la pulsion non spécifique de la vie vers des manifestations spécifiques qui sont les fonctions, dans le but de satisfaire les besoins particuliers relatifs à la survie de l’organisme.
La fonction : c’est la pulsion vitale, non spécifique, canalisée et dirigée par une structure pour devenir spécifique, dans le but de résoudre un ou des problèmes particuliers relatifs à la survie de l’organisme.

Un système de consciences organisées
Comme nous avons envisagé la cellule comme une conscience déterminant un espace limité par une membrane et centré sur un fulcrum, nous pouvons envisager le corps comme une organisation d’espaces et de limites, centrés sur des fulcrums. Un espace organisé de consciences ou un espace de consciences organisées… Cette juxtaposition d’espaces limités finit par constituer des volumes et donc des formes, le tout manifestant un mouvement permanent d’expansion/rétraction, manifestation perceptible de la vie – le souffle de vie – que nous appelons impulsion rythmique tissulaire.

Le corps devient alors un ensemble liquidien pulsatile rythmique (expansion/rétraction), organisé par un système de cloisonnement fibreux (membranes, fascias), centré mécaniquement sur le fulcrum de Sutherland.Dans cette considération, la première structure organisatrice est la dure-mère qui, par son inélasticité, transforme le mouvement d’expansion/rétraction tissulaire multidirectionnel en créant des points de restriction de mouvement et des zones de liberté. Ainsi, la dure-mère gouverne le système, organise sa mécanique. C’est elle qui permet l’apparition de mouvements différenciés dans le système crânio-sacro-vertébral de ce que nous connaissons depuis Sutherland comme mouvements de flexion/extension des os impairs et médians et de rotation externe rotation interne des os pairs et périphériques.

Nous savons également que dans le temps d’expansion du système, la flexion/rotation externe des structures situées sur l’axe crânio-sacro-vertébral, induit une descente de tous les tissus périphériques attachés directement à la base du crâne ou au bassin, la remontée étant induite lors de la rétraction induisant l’extension/rotation interne. Mais ces mêmes tissus périphériques, os compris, étant eux-même vivants, possèdent une pulsation rythmique qui leur est propre – une motilité – qu’ils manifestent individuellement au sein de ce mouvement collectif, ce qu’ont bien mis en évidence Barral et Mercier dans leur approche viscérale. Selon l’attention et l’intention que nous utilisons pour contrôler notre perception, nous ressentirons de manière privilégiée l’un ou l’autre de ces mouvements qui sont, rappelons-le, coexistants. Ces différents mouvements sont aujourd’hui bien connus des ostéopathes, qui ont tenté de les codifier. Nous allons les considérer comme intégrés au sein de mouvements plus généraux, témoignages relatifs de phénomènes plus absolus reliés à la vie elle-même et à sa manifestation.