Approche tissulaire de l'ostéopathie

Héritiers de Still

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S'unir à la source

En ces temps difficiles pour l’ostéopathie, il me semble essentiel d’éveiller ou de réveiller nos consciences quiescentes d’ostéopathes et de fournir les éléments les plus justes possibles permettant à chacun de décider quel ostéopathe il veut être et quelle ostéopathie il désire pratiquer et voir reconnue. Cela ne peut évidemment se faire en nous débarrassant de nos ancêtres, mais en les respectant et en cherchant à analyser leur message essentiel pour mieux l’actualiser. Voilà un de mes objectifs essentiels lorsque je traduis Still et cherche à le faire connaître. Traduction et lecture de Still permettent l’union à notre source, ce qui pour plusieurs raisons me semble aujourd’hui essentiel. Fondateur de l’ostéopathie, Still représente notre source commune. Sa philosophie est notre point commun essentiel, celui sur lequel tous les ostéopathes, malgré leurs différentes formations, personnalités et pratiques, peuvent trouver de véritables points d’accord

La transmission de la philosophie de l’ostéopathie a toujours constitué pour Still un souci majeur. Or, à chaque transmission, un concept est altéré, par celui qui le transmet, comme par celui qui le reçoit. En multipliant les intermédiaires, on multiplie les altérations et l’ostéopathie française souffre cruellement de ce phénomène. La référence à la source d’un savoir ou d’un concept réduit considérablement cet écueil car elle n’induit qu’une altération pour chaque personne qui s’y réfère. Ici, la traduction peut constituer une altération supplémentaire que j’ai essayé de minimiser le plus possible. Par ailleurs, la philosophie de Still est profondément naturaliste. Elle respecte particulièrement l’homme et la vie. En cent ans, l’essentiel de l’homme vivant n’a pas changé. Seules les interprétations ou les explications que nous en donnons ont changé, à la lumière des découvertes de la science et de la médecine, de sorte que l’approche ostéopathique demeure aujourd’hui aussi véridique et applicable qu’il y a cent ans. Et où la trouver plus conforme à Still que dans ses écrits même ?

Et trouver un fulcrum

Les récents événements concernant la parution des décrets réglementant la profession, les limitations de l’exercice professionnel, le bas niveau d’exigence dans la formation des ostéopathes et enfin l’inquiétante prolifération des collèges, et donc à court terme des praticiens qui en sortiront diplômés, nous laissent interrogateurs et soucieux pour notre avenir professionnel et l’avenir de l’ostéopathie. Si nous nous en remettons aux responsables politiques, aux organisations professionnelles, au directeurs de collège, nous avons de quoi être inquiets : l’histoire nous montre clairement que nous ne pouvons en aucun cas compter sur eux. Leurs intérêts ne sont pas les nôtres.

Cependant, l’ostéopathie a déjà traversé de multiples crises dans différents pays et elle existe toujours, simplement parce qu’elle continue d’être pratiquée, avec succès par des praticiens, quel que soit leur mode de reconnaissance (ou de non-reconnaissance). Alors finalement, c’est sans doute entre les mains des ostéopathes eux-mêmes que repose l’ostéopathie et que, malgré ce qui est souvent prétendu, c’est là qu’elle est le plus en sécurité. À condition toutefois que les praticiens connaissent la philosophie de l’ostéopathie – leur fulcrum –, et parviennent à demeurer centrés dessus.

Fulcrum
. Ce mot, emblématique de l’ostéopathie, signifie « point d’appui ». Il dit bien ce qu’il veut dire. Il évoque un centre, immobile et stable à partir duquel, autour duquel bougent les choses. La capacité à maintenir un point d’appui stable est la source même de la puissance. Cela est vrai sur les plan physique, mental et spirituel. Face à l’incompréhension, à l’incompétence de ceux qui prétendent nous réglementer, inutile de gémir, de brandir banderoles ni de hurler slogans. Nous avons mieux à faire : centrons nous sur notre fulcrum et œuvrons, journellement à partir de ce point. Ce n’est pas spectaculaire, pas vraiment gratifiant pour l’ego, mais particulièrement efficace. Gardons espoir. Il existera toujours des praticiens centrés sur leur fulcrum de base, Still et sa philosophie, portant haut la bannière de l’ostéopathie et la vivant, en respect de ses fondements philosophiques et de son éthique, véritables garanties de son efficacité et donc de sa perpétuation. Rappelons-nous Fryette, un grand nom de l’ostéopathie : « Ose être différent. Beaucoup préfèrent l’orthodoxie à la vérité. »8


1 Ce texte reprend quasiment intégralement un éditorial écrit pour le n° 9 de la revue Apostill, automne 2001, plus que jamais d’actualité.
2 C. Trowbridge, Naissance de l'ostéopathie.
3 O. Auquier & P. Corriat L'ostéopathie, comment ça marche ? p. 40., confirmé par le site de la Grande Loge Nationale de Lutèce : http://www.glnf.fr/province/lutece/?refer=loge&LOG_N_ID=2870
4 J-P. Amigues Traité de clinique ostéopathique, p. 88.
5 Abgrall Jean-Marie 1998. Les Charlatans de la santé. Paris : Payot. ISBN : 2-22889-194-0.
6 Lire à ce sujet l’article de Alain A. Abehsera Médecines alternatives, médecines conventionnelles p. 58.
7 A. Hildreth, The Lengthening Shadow of Dr. Andrew Taylor Still, p. 211.
8 H.H. Fryette, Principes des techniques ostéopathiques, p. 12.