Approche tissulaire de l'ostéopathie

De la conscience à la matière

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pdf_button Le génie de Still fut de ne pas cantonner l’ostéopathie à son aspect corporel, mais d’inclure dans sa philosophie la dimension de l’esprit : « Je trouve en l’homme un univers en miniature. Je trouve la matière, le mouvement et l’esprit. » (Still, 1998, 306). Nous nous sommes beaucoup intéressés à la matière et au mouvement ; pourquoi ne pas nous intéresser à l’esprit, à la conscience ? Cela nous conduit évidemment vers la métaphysique, domaine plutôt mal vu aujourd’hui dans la communauté scientifique à laquelle les ostéopathes tentent désespérément – et souvent pathétiquement – de se rattacher. Pourtant, telle était bien aussi la quête de Still. Aventurons-nous, comme il osa le faire, hors des voies tracées ; suivons ainsi l’injonction d’un autre grand ostéopathe, Harrison Fryette : « Ose être différent. Beaucoup préfèrent l’orthodoxie à la vérité. » (Fryette, 1983, 12). Osons donc non seulement aller directement à la conscience, mais commencer avec elle.

Conscience

Herbert Spencer, maître à penser de Still, nous explique dans Premiers Principes que le concept de conscience, suppose l’existence d’une séparation et d’une relation :
« L’idée même de conscience, sous quelque mode qu’elle se manifeste, implique nécessairement distinction entre un objet et un autre. Pour être conscients, il faut que nous soyons conscients de quelque chose ; et ce quelque chose ne peut être connu ce qu’il est qu’en étant distingué de ce qu’il n’est pas. » (Spencer, 1885, 67).

« Un second caractère de la conscience, c’est qu’elle n’est possible que sous forme de relation. Il faut un sujet ou une personne consciente et un objet ou une chose dont le sujet soit conscient. Il ne peut y avoir de conscience sans l’union de ces deux facteurs ; et dans cette union chacun d’eux existe seulement tel qu’il est par rapport avec l’autre. Le sujet n’est un sujet qu’en tant qu’il est conscient d’un objet ; l’objet n’est un objet qu’en tant qu’il tombe sous les prises d’un sujet : et la destruction de l’un ou de l’autre est la destruction de la conscience même. » (Spencer, 1885, 68).

Être

Dans le premier livre d’approche tissulaire, nous nous sommes déjà beaucoup intéressés à la conscience, postulant qu’elle est associée à la décision d’être :
« Être, exister, découle d’une décision : ‘Je suis’. ‘Je suis’, me définit comme moi centre, par rapport à un environnement que je considère comme extérieur à moi, différent de moi, défini ou considéré comme non moi. Ainsi, la décision ‘Je suis’ crée la dualité. ‘Je suis’ crée l’individuation et en même temps la conscience, celle d’être, d’exister comme séparé d’un environnement considéré comme extérieur. » (Tricot, 2002, 69).

Être et en être conscient

La conscience dont il est ici question est conscience élémentaire, non consciente d’elle-même. Notre difficulté à imaginer cette conscience vient de l’habitude que nous avons d’associer le concept de conscience à notre capacité à nous regarder être : nous confondons être conscient et être conscient de notre conscience. Ce concept-là de la conscience est une abstraction que nous projetons implicitement dans notre observation du vivant. Comme les espèces dites inférieures ne sont (apparemment…) pas douées de la même capacité d’abstraction, nous disons qu’elles ne sont pas conscientes. Elles n’ont simplement pas la même conscience que nous. Il y a confusion de niveau d’abstraction.

Dialectique de l’être

Cet être, ce Je suis, appelons-le « grain de conscience » et envisageons ses propriétés élémentaires. Nous le décrivons comme un système existant et se perpétuant grâce à la relation dynamique Je/Non-Je, ou à la relation Je/Autrui lorsqu’il entre en relation avec d’autres systèmes de conscience élémentaire. L’évolution de chacun des systèmes de conscience et des relations entre systèmes de consciences dépend alors de la manière dont se gère l’opposition dynamique entre Je et Non-Je ou Je et Autrui. De cette opposition, a été tirée une logique du tout ou rien (dite logique du tiers exclu), constituée de deux extrêmes qui s’opposent sans possible intermédiaire. Cette logique est héritée de la pensée aristotélicienne (le syllogisme 1) dont Alfred Korzybski 2 fait remarquer qu’elle est seulement un cas particulier qui néglige les principales situations de la vie dans lesquelles existent, au contraire, beaucoup d’états intermédiaires entre les extrêmes. Il a tenté d’y apporter des réponses pratiques en développant la Sémantique générale.