Approche tissulaire de l'ostéopathie

Bonne Année 2011

Bonjour et, tradition oblige : Bonne Année ! Et surtout, bonne santé !

Si je vous parle de santé, c'est que j'entends sur ma propre santé les bruits les plus alarmants.
J'entends dire que... je vais m'arrêter incessemment sous peu, que j'anime de moins en moins de stages et qu'il faut donc se dépêcher de s'inscrire à celui qui est encore programmé, que je ne vais pas bien du tout et que je n'en ai plus pour longtemps... Bref, Pépère serait sub-claquant.
En novembre dernier, mon épouse a reçu l'appel téléphonique d'un ami attéré parce qu'il avait entendu dire par une future stagiaire que j'étais atteint d'une maladie fulgurante et fatale et que le stage prévu au début du mois de décembre était de ce fait annulé.
Je sais bien que comme le dit fort justement le Dr Knock, tout homme bien portant est un malade qui s'ignore, mais tout de même, j'aurais aimé être tenu au courant de ma santé !

grippe6 « Elle est sale, elle est glauque et grise, insidieuse et sournoise, d'autant plus meurtrière qu'elle est impalpable. On ne peut pas l'étrangler.
Elle glisse entre les doigts comme la muqueuse immonde autour de l'anguille morte.
Elle sent. Elle pue. Elle souille. C'est la rumeur. »
Pierre Desproges

 

 

 

J'aimerais donc dire au Dr Rumeur que je en vais pas si mal que cela, que je ne compte m'arrêter ni de pratiquer, ni d'enseigner, ni de vivre tout simplement, dans un avenir proche et que je jouis, pour l'instant du moins, d'une excellente santé. J'aimerais également préciser que (à ma connaissance), je n'ai ni maîtresse, ni amant, ni enfant illégitime, bref, rien que de très habituel et normal...

Je n'anime pas moins de stages qu'auparavant. Il est vrai que seul apparaît sur la liste le premier accessible (aujourd'hui, novembre 2012). Mais il suffit de cliquer sur "Cliquez pour continuer" pour s'apercevoir qu'il y en a beaucoup d'autres avant... Et si j'encourage d'autres que moi à se lancer dans la création et l'animation de leurs propres stages sur l'approche tissulaire, ce n'est pas parce que je sens la fin proche, mais plus prosaïquement parce que je n'arrive plus à répondre à la demande et que, à ma connaissance, je ne suis pas éternel (en tant qu'humain en tout cas) et qu'il me paraît plus sain de tenter de prévoir « l'après Tricot » avant l'après qu'après...

Certes, je peux sembler parfois fatigué... Mais étant donné le rythme de travail de certaines périodes, cela n'est guère étonnant...

Pour terminer ce petit bonjour, j'aimerais vous offrir la lecture d'un texte de H. H. Fryette sur le destin de l'ostéopathie que j'ai retrouvé récemment en cherchant des informations dans les archives. Je l'avais traduit et présenté dans le numéro 2 de la revue Apostill à l'automne 1998. Je le trouve plus que jamais d'actualité, d'autant que le bruit court qu'elle aussi n'est pas très bien portante...

Le destin de l’ostéopathie
pdf_button H. H. Fryette1

Lorsque le Dr Facto m'a demandé de dire un mot sur le destin de l'ostéopathie, j'ai sorti ma vieille boule de cristal et jeté un coup d'oeil dedans – je n'y ai vu qu'un petit point, et pas de destin du tout ; j'ai donc appelé le Mont Olympe. L'opératrice me dit : « Oh, encore vous ? Qu'est-ce qui vous trouble donc aujourd'hui ? » Je dis : « Je veux connaître le destin de l'ostéopathie, passez moi le Dr Still, s'il vous plaît. » Et elle répondit : « Oh, j'ai entendu dire que tous vos gars étaient partis dans des spécialités et qu'il ne reste personne pour faire le travail. » Je dis : « Peut-être que le petit point vu dans ma boule de cristal correspond à ceux qui sont restés pour pratiquer l'ostéopathie ? » Alors, elle dit : « Le Dr Still vient juste d'acheter une nouvelle paire de bottes et un nouveau bâton et il est parti se promener en montagne 2, mais Esculape et Hippocrate sont là tous les deux. » « Alors, dis-je, passez moi Hippocrate. »

Le Dr Hippocrate semblait un peu triste. Il me confia qu'il avait toujours été ennuyé d'être appelé « Père de la médecine ». Il me dit que la médecine, telle qu'elle est généralement enseignée, est complètement différente de la philosophie de la médecine qu'il concevait. Il dit : « Tu sais, fils, que j'ai fondé l'école athénienne. Mon idée était d'étudier le patient, les symptômes n'étant utilisés que pour découvrir la cause. Tu sais que nous imitions les processus de la nature, exactement comme le fit le Dr Still. Tout allait plutôt bien lorsque quelques types sont venus d'Alexandrie pour étudier avec moi et, bien entendu, il ne fallut pas beaucoup de temps pour qu'ils dépassent le professeur. Retournés en Alexandrie et y lancèrent l'école médicale d'Alexandrie. Cette école est la véritable origine de la médecine allopathique. Leur philosophie incluait quelques uns de mes enseignements, mais ils retournèrent bien vite au vieux type primitif de médecine. Quasiment la seule chose qu'ils aient retenu de mon enseignement, c'est le serment d'Hippocrate que bien peu d'entre-eux observent. Ils furent comme ils sont toujours, un peu plus que des guérisseurs raffinés. »

Il me dit avoir toujours pensé qu'ils avaient rétabli le traitement symptomatique parce que ses méthodes étaient trop difficiles ; également, que ça l'avait rendu plutôt cafardeux, même encore aujourd'hui, mais depuis qu'il avait le temps de penser, il se rendait compte qu'il avait fallu à l'homme environ une centaine de millions d'années pour évoluer jusqu'au point d'avoir une conscience morale et un libre-arbitre ; que tous les hommes disposent du libre-arbitre, mais que comparativement, peu ont développé une conscience morale, même aujourd'hui. Il dit qu'il ne devrait pourtant plus être surpris que l'individu ne soit pas davantage intéressé par le genre humain ni de voir la plupart des docteurs plus intéressés par eux-mêmes que par leurs patients.

Il dit qu'il était heureux que l'opératrice m'ait branché sur sa ligne parce qu'il attendait cela depuis bien longtemps, pour soulager sa poitrine de ce poids, mais que le Dr Still serait bientôt de retour et que ce serait bien de parler avec lui.

Hippocrate me demanda si je pouvais attendre une minute, le temps de demander à l'opératrice de me mettre en ligne avec le Dr Still. Celui-ci sembla content de mon appel. Il me dit que cela faisait bien longtemps qu'il n'en avait pas reçu, mais il qu'il était heureux que nous ayons organisé l'Académie.

Il dit que les grandes vérités sont toujours très simples et se perdent souvent dans un dédale de non essentiel ; comme par exemple, une vérité aussi fondamentale que la Règle d'Or 3, plus ou moins étouffée par quantité de dogmes.

Je lui dis que notre groupe était particulièrement intéressé par le destin de l'ostéopathie. Il dit : « On ne peut prédire le futur que si l'on connaît le passé et le présent. » 4 Alors, je lui demandai s'il avait quelque peu modifié sa pensée en ce qui concerne sa philosophie. Il répondit toujours penser que si quelqu'un souhaite empêcher un effet, la bonne idée, c'est d'arrêter la cause, ou si l'on veut supprimer un effet, il est sage de supprimer également la cause ; et que Dieu avait probablement plus appris de la médecine interne en cent millions d'années que l'homme n'a appris depuis qu'il avait reçu le libre arbitre.

Alors, je demandai : « supposons que dans cinq ou dix millions d'années, l'homme découvre toutes les lois physiques, mentales et spirituelles de Dieu et y obéisse de plein droit, y aurait-il alors encore besoin de l'ostéopathie ? » Il répondit : « Qu'en penses-tu ? »

 


1 Texte paru dans le Yearbook de The Osteopathic Institute of Applied Osteopathy, Maidstone, 1956. Traduction : P. Tricot (1998-2011) parue dans la revue Apostill n° 2 d’octobre 2008.

2 Pour le bénéfice de vos plus jeunes membres, je voudrais expliquer que le Dr Still avait l'habitude de se promener longuement dans les bois où il pouvait se retrouver seul pour penser à sa nouvelle philosophie. Lors de ces promenades, il portait toujours des bottes et tenait un bâton qu'il avait coupé dans les bois. À son retour, il allait souvent directement au collège, se rendait dans la salle où se donnait le cours sur ce qu'il venait d'étudier, écartait le professeur et expliquait ses conclusions devant la classe (N.d.A.).

3 Règle d'or : Précepte indiquant de ne pas faire à autrui ce que l'on n'aimerait pas qu'il nous fasse et de faire à autrui ce qu'on aimerait qu'il nous fasse (N.d.T.).

4 Allusion à un passage de l'Autobiographie : Pour bien prédire, vous devez voir à travers deux voiles –  celui du passé et celui du futur. Si un événement doit se produire demain, où est-il aujourd'hui ? La mémoire mobilise le passé ; la raison voit le lendemain. Autobiographie, p. 292 (N.d.T.).