Approche tissulaire de l'ostéopathie

Origine de l'ostéopathie

Origine

Une autre époque, un autre lieu icone-video

pdf_buttonPour vraiment comprendre la génèse de l'ostéopathie, il est indispensable de régresser dans le temps et l'espace pour se retrouver en plein XIXe siècle, dans le Middlewest américain pionnier.

Aujourd’hui, les États-Unis rassemblent 50 états, mais lors de la déclaration d’indépendance le 4 juillet 1776, puis de la ratification de la première constitution en 1787, ils en comptaient seulement 13.

En 1828, année de n'aissance d'Andrew Taylor Still, le fondateur de l'ostéopathie, les États-Unis rassemblent seulement 24 états, tous situés dans le tiers Est du territoire américain. Les terres du centre et de l’ouest ne sont pas encore colonisées. Ce sont des contrées sauvages et inhospitalières, au climat très rude, livrées au règne animal, peuplées de quelques tribus amérindiennes (Notamment, Navajos, Apaches, Cherokees, Comanches, Sioux, Cheyennes et Shawnees).

USA-1828

Des conditions de vie extrêmement difficiles

La plupart des premiers pionniers américains sont des immigrants à la recherche d’une terre bon marché, et d’un meilleur avenir. D’autres espèrent faire fortune, notamment dans les lieux où l’or a été découvert. D’autres, enfin migrent par idéalisme. Ceux-là sont en général instruits, parfois lettrés. Hache et fusil sont les ustensiles de base du pionnier qui possède généralement peu de choses, au moment de se lancer dans l’aventure : quelques provisions, des instruments aratoires, des semences, des outils, parfois du bétail. Il utilise des chariots bâchés, dont la silhouette nous est familière. Il nous est difficile aujourd’hui de concevoir les conditions de vie des pionniers du Middle Ouest à cette époque. En 1856 un certain Abbott, ami de Still participant à la colonisation du Kansas, écrit dans une lettre à des amis de l’Est : « Un territoire immense – peu peuplé, par des gens non acclimatés, dont beaucoup habitent des cabanes où nos amis de l’est ne mettraient même pas leurs chevaux, vivant dans la vulgarité, mais pire encore, pauvrement habillés, luttant contre toutes les difficultés d’une vie de pionnier, coupés de leurs ami. »

Un état d’esprit

Installé en plaine ou dans les régions forestières, le pionnier ne peut compter que sur lui-même et sur la manière dont il tire profit des ressources naturelles. La chasse fournit une bonne partie de la nourriture ainsi que les peaux et le cuir servant à la confection des vêtements. S’y ajoutent la cueillette (baies diverses, noix, fruits sauvages, racines) et pour ceux des plaines, les récoltes. Plongés dans cette vie si rude, le pionnier développe des traits caractéristiques : il est épris de liberté et d’horizons ouverts. Habitué à ne compter que sur ses forces et son habileté pour survivre, il est individualiste. Son sens de la responsabilité se limite volontairement au clan. Il est animé d’un sentiment religieux développé par la précarité des conditions de vie et d’une grande méfiance, enfin, envers tout ce qui vient de l’extérieur. C’est cet esprit qui animera la recherche de Still vers l’ostéopathie.

Méthodiste

Le méthodisme est un mouvement religieux issu de l’anglicanisme, né en Angleterre au début du XVIIIe siècle et qui s’est exporté aux Amériques avec les immigrants et colons anglais. Le méthodisme constituera le principal courant religieux américain du XIXe siècle, notamment chez les pionniers. La doctrine méthodiste privilégie l’expérience personnelle de la conversion, de l’engagement et de la sanctification. Elle se caractérise par une quête incessante vers la perfection et par un intérêt actif pour le bien-être social et la moralité publique. Même s’il finira par s’éloigner du méthodisme, Andrew Taylor Still, sera marqué par la rigueur morale et l’exigence d’amélioration, la lutte pour le bien commun inhérents à la doctrine.

Prêcheur et médecin

À cette époque, dans le Middle West américain, il n’y a guère de différence entre le médecin des corps et celui des âmes. La médecine fait d’ailleurs partie du ministère méthodiste. John Wesley, le fondateur du méthodisme, concevant la santé du corps comme étroitement reliée à celle de l’âme, envisage le salut comme la restauration de l’harmonie originelle entre âme et corps. Par ailleurs, les accès de maladie dont il souffre lui-même et sa détresse face à la maladie et à la souffrance, omniprésentes chez les pauvres, le conduisent à étudier la médecine et à l’incorporer à son ministère. Il écrit donc Primitive Physick : an Easy and Natural Way of Curing Most Diseases (1747). Ce livre fait partie de ceux qu’emporte le prêcheur itinérant de la frontière dans ses sacoches de selle. Abraham Still pratique donc également la médecine et c’est logiquement auprès de son père qu’Andrew s’initiera à son art.

La médecine dans les régions pionnières

Vivant la plupart du temps isolés, les pionniers ont appris à se débrouiller seuls pour gérer les problèmes de santé. Leur médecine est essentiellement à base de plantes, de racines, de vieux remèdes populaires familiaux ou préparés par les médecins indiens locaux. En plus de la Physick de Wesley, existent sur la frontière américaine beaucoup de manuels familiaux, guides simples destinés aux pionniers isolés. Les remèdes se trouvent juste devant leurs portes, leur épargnant de s’en remettre au rare médecin frontalier, de payer ses honoraires, d’ingurgiter ses drogues ou d’endurer ses traitements souvent drastiques.

La médecine héroïque

La médecine officielle de ce temps est en effet plus proche des descriptions de Molière que de la médecine actuelle. Elle est d’ailleurs le plus souvent inefficace. La théorie régnante est celle de Benjamin Rush qui, se fondant sur les découvertes de William Harvey concernant la circulation sanguine, prétend que la fièvre, en produisant une tension dans les vaisseaux sanguins, provoque la maladie. Il en conclut que le traitement le plus adéquat consiste à relâcher cette tension en utilisant les vieilles techniques de la saignée et de la purgation de l’estomac et des intestins. Les patients sont saignés jusqu’à l’inconscience et purgés à l’aide du calomel jusqu’à présenter des signes d’empoisonnement mercuriel accompagnés de salivation. Il faut du courage pour endurer ces pratiques, ce qui leur vaut d’être appelées médecine héroïque.

Entre 1770 et 1850, le système de Rush domine l’enseignement et la pratique de la médecine américaine. Mais progressivement, une sérieuse résistance se développe face à ces pratiques qui sont peu à peu délaissées, au profit d’autres drogues telles l’opium, la cocaïne et l’alcool qui, hélas, entraînent la dépendance et… la fidélité du client. La plus sûre des thérapeutiques à cette époque est sans doute de ne rien faire. Still appellera les pratiques de ce temps médecine de l’à-peu-près, ou du viser-rater.

D’autres systèmes

D’autres systèmes existent, notamment les systèmes botanistes, mais à cause des infinies possibilités de variations dans cette médecine et du manque de standards d’enseignement, elle finit par tomber en désuétude.
À la même époque, un certain Dr Beach combine ce qu’il considère comme le meilleur de la médecine régulière, des sorciers indiens, des sage femmes et des praticiens botanistes, au sein d’un système qu’il appelle éclectisme. Après 1840, une autre philosophie médicale, l’homéopathie, prend de l’expansion. Fondée par le médecin allemand Hahnemann (1755-1843), elle est apparue en Amérique dans les années 1820. Cette philosophie séduit surtout les intellectuels et les réformateurs qui apprécient particulièrement les faibles dosages qu’elle propose.

La formation médicale

À cette époque, la pratique médicale n’est pas réglementée au sein de l’Union. Elle ne le sera que progressivement à partir des années 1870. Dans les villes et contrées de l’Est, les médecins sont formés dans des écoles dont les programmes sont proches des cursus des collèges et facultés européens. Mais ces praticiens, souvent issus de milieux aisés (les études sont payantes et chères), ne sont guère désireux – à part quelques idéalistes – de quitter le confort et la sécurité de l’Est pour la précarité de la vie pionnière. Ainsi, la plupart des médecins des régions frontalières se forment sur le tas, auprès d’un praticien déjà en exercice, ce savoir pratique étant complété par la lecture d’ouvrages que possède le praticien. Still apprend donc la médecine auprès de son père, prêcheur méthodiste et médecin, et au contact des indiens shawnees et de leurs pratiques.

La médecine à cette époque en Europe

L’évaluation des connaissances médicales du temps en Europe semble également indispensable pour comprendre le contexte américain. À cette époque Ignace Semmelweis (1818-1865), obstétricien hongrois, découvre l’origine infectieuse de la fièvre puerpérale et préconise aux praticiens de se laver les mains, mais il est combattu par les médecins de l’époque et ses travaux ne sont pas diffusés. En France, Claude Bernard (1813-1878) jette les bases de la médecine expérimentale, fondement de la médecine actuelle. Louis Pasteur (1822-1895) et ses travaux commencent seulement à être reconnus, En Angleterre, Joseph Lister (1827-1912) lutte pour imposer la notion d’asepsie, En Allemagne, Robert Koch (1823-1910) découvre le bacille de la tuberculose (1882), aboutissant à la découverte de la tuberculine.

Toutes ces recherches qui constituent le point de départ de la médecine scientifique moderne, sont peut-être connues de Still et de ses contemporains de la frontière, mais la méfiance qu’il a développée à l’égard de tout ce qui est médical le rend très circonspect à leur égard et il ne les utilisera pas dans le développement de l’ostéopathie.