Approche tissulaire de l'ostéopathie

Livre : Approche tissulaire, livre 1

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Introduction

J’ai très longtemps hésité avant d’écrire ce livre. Il m’a tout d’abord fallu le temps de parvenir à la sensation d’avoir atteint une maturité personnelle suffisante, accompagnée de la faculté d’exprimer clairement mes idées :

« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément. »

(Boileau, 1674, Livre 1)

Il faut du temps pour arriver à cela. C’est une réelle alchimie, nécessitant présence, observation, patience, persévérance, qualités qui ne m’étaient pas forcément inhérentes et que j’ai dû développer en chemin.

L’ostéopathie, c’est la vie
Apprendre l’ostéopathie, c’est apprendre la vie. Comme la vie ne s’apprend vraiment qu’en la vivant, j’ai appris l’ostéopathie en même temps que j’apprenais la vie : en la vivant d’abord quasi inconsciemment, puis avec de plus en plus de conscience. Mais le parcours n’est guère balisé, et le voyage pas toujours confortable. Je me sens à ce propos tout à fait proche de l’état d’esprit d’Andrew Taylor Still : « Colomb dut se lancer, naviguer longuement et affronter beaucoup de tempêtes parce qu’il ne disposait pas de l’expérience écrite d’autres voyageurs pour le guider. Pour l’orienter il n’eut que quelques morceaux de bois flottant, différents de ceux de sa région. » (Still, 1998, 24).

Sur ce parcours, il y eut de nombreux essais parfois – souvent – infructueux, de nombreuses spéculations soumises à vérifications validantes ou invalidantes, de sorte que je fais mienne cette déclaration de Rollin Becker : « L’apprentissage de la science ostéopathique ne se fait pas selon des directions précises ; c’est un chemin d’expériences, une voie d’évolution. En développant ma pratique, je me suis fourvoyé dans toutes les impasses possibles et imaginables. J’ai lutté de nombreuses fois pour retourner sur la route principale, pour finalement découvrir que j’étais dans une autre impasse. J’ai fait toutes les erreurs possibles, et j’en ferai certainement d’autres avant d’en avoir terminé. Le Dr Sutherland, lui-même, lucide jusqu’aux derniers jours de sa vie, apprenait encore la science de l’ostéopathie, développant de meilleures moyens pour y accéder. C’est un beau voyage. » (Brooks ed., 1997, 219).

En cours de route, j’ai bien vite découvert que je n’étais pas le seul à rencontrer des difficultés. Beaucoup de mes congénères en exprimaient d’analogues. J’ai commencé à vraiment progresser lorsque j’ai compris que la vraie question, c’est la vie, et que l’ostéopathie étant incluse dans la vie, le meilleur moyen pour la comprendre, c’est de comprendre la vie. Alléchant programme ! Ambitieux programme ! Difficile programme ! À mes questions, les réponses obtenues étaient le plus souvent sous forme de « y a qu’à… » ou « faut que tu… », surtout beaucoup de « faut surtout pas… » Recettes, dogmes, interdits, tout sauf la vie ! Avant de parler de l’ostéopathie, je vais donc parler de la vie ou plus exactement de ce que j’en comprends, avec la conscience des limites de cette compréhension, mais également de son utilité, validée par presque quarante années de pratique professionnelle, et vingt années d’enseignement.