Immobilité dynamique 2

Swami Chetanananda
Partie 2 : Accomplissement du Trika Yoga

Traduction, édition Pierre Tricot, 392 p., ISBN : 979-8415275014
Sur NotAllowedScript633016710f83fAmazon.fr : format Kindle et broché.

Comme le précédent tome d'Immobilité dynamique, celui-ci est dédié à Rollin Becker, ostéopathe :  Ce livre est dédié à Rollin E. Becker dont j’apprécie particulièrement l’œuvre. Il a profondément servi l’humanité en démontrant à des milliers de personnes le potentiel guérisseur de l’« Immobilité Dynamique. » Merci, Dr Becker.

 

Préface

Les deux volumes d’Immobilité dynamique, ont pour ambition d’introduire la tradition indienne du Trika Yoga dans l’idiome occidental. Ils présentent une vue d’ensemble exhaustive de la pratique de la méditation enseignée par Swami Chetanananda, une pratique qui comprend le travail avec un maître, la méditation elle-même, et l’extension de ce que l’on apprend grâce à elle à tous les domaines de nos vies. Ces volumes présentent simultanément un système à la fois ancien et contemporain vivant, les deux éléments se complétant et s’illuminant l’un l’autre.
Le premier volume, La pratique du trika yoga, traite assez précisément quelques questions auxquelles se trouve confrontée la personne débutant une pratique spirituelle. À son intention, il passe en revue les fondements essentiels du trika yoga. Ce second volume, L’accomplissement du trika yoga, réexpose brièvement les éléments essentiels du premier, proposant ainsi un survol de la période des débuts de la pratique, puis explore la manière dont les fondements posés dans ces débuts se déploient en une conscience incroyablement affinée.
Pourtant, cette seconde partie n’est pas seulement un exposé destiné aux étudiants avancés. Le débutant découvrira que cette conscience affinée fait déjà partie de son expérience journalière. Il s’agit de nous entraîner à maintenir cette conscience indépendamment de ce qui se produit autour de nous. Par conséquent, les deux volumes procurent à l’étudiant des orientations utiles à tout moment de son travail intérieur. Dans ce sens, tous deux fonctionnent comme un manuel du pratiquant.

Dans son ensemble, la discussion soulève également de plus vastes questions concernant la pratique spirituelle en général. Des questions telles que la relation d’une personne avec son mentor spirituel, sur la manière dont la conscience se modifie à travers la méditation, et sur la vie que vit celui qui poursuit cette expérience, coupent à travers toutes les frontières posées par les traditions et pratiques particulières. Ce livre sera donc de la plus grande utilité à la personne engagée dans une discipline spirituelle, quelle qu’elle soit.

Le travail de Swami Chetanananda cherche également non seulement à découvrir la signification d’une tradition émanant d’un creuset culturel particulier, mais également à la transposer dans l’idiome d’une autre culture. Voilà qui le place aux côtés de maîtres tels que Marpa qui a introduit des éléments du bouddhisme au Tibet ou Kumarajiva, qui a contribué à l’amener en Chine. L’ouvrage de Chetanananda est donc important pour celui qui étudie les religions du monde, et plus particulièrement les nouvelles traditions spirituelles américaines.
Dans ce livre, l’accent est mis sur la maîtrise de la pratique de la méditation. Il est aujourd’hui possible d’accéder à de nombreuses pratiques spirituelles, et donc à de nombreuses approches de la méditation. On peut dès lors se demander ce que les gens qui pratiquent le trika yoga ont trouvé à cette tradition-là de particulièrement signifiant et important. Comme le fait remarquer un étudiant, la question sous-jacente est de savoir combien de temps nous sera nécessaire pour parvenir à l’affinement de la conscience que nous désirons obtenir. La pratique du trika yoga est une approche directe. Plutôt que de se relier à un corps de connaissances ou à une structure régulatrice extérieure qu’il nous faut tolérer comme faisant partie du package, elle nous propose une expérience immédiate.

Pour beaucoup, la dimension la plus importante du trika yoga tient à son aspect pratique. Il procure à la personne des outils concrets avec lesquels affronter les défis que lui présente la vie. De tels outils et la compréhension sur la manière de les utiliser nous manquent trop souvent et nous laissent avec bien peu de moyens nous permettant d’adoucir l’expérience de la souffrance. Comme l’a observé un pratiquant par ailleurs médecin, lorsque les gens vivent dans un état de résignation ou de frayeur, ils ne peuvent tirer le meilleur d’aucune de leurs situations. Les hauts sont trop hauts et les bas trop bas. Ce qui est déjà une difficulté dans les meilleurs moments devient exponentiellement plus rude dans les moins bons. Sans la perspective que peut exister quelque chose de meilleur, les hauts vous jettent dans la confusion ou se vivent, une fois passés, comme des pertes.

À la recherche de manières de vivre plus simples, beaucoup de gens abandonnent aujourd’hui des postes à succès et à hautes responsabilités. Cela peut constituer une bonne étape, mais la pratique spirituelle est beaucoup plus qu’un simple problème de style de vie. L’essentiel, comme nous l’expliquent les philosophes du trika yoga depuis le huitième siècle, c’est que le travail spirituel ne demande pas à quelqu’un de rejeter la vie, mais bien plutôt de comprendre sa source. Cela signifie que la seule chose que nous puissions prendre vraiment au sérieux, c’est notre énergie créatrice.

La philosophie du trika yoga corrobore cela sans rien renier de la vie que nous avons à vivre. Elle suggère un moyen pour intégrer les niveaux physique, intellectuel, émotionnel, et spirituel de la vie. Par exemple, il n’est rien de particulièrement vrai ou faux à propos de la vie physique, mais notre pratique le met en perspective. Les seules choses qu’il nous sera demandé d’abandonner, ce sont notre ignorance et notre tension.

La pratique du trika yoga permet à une personne d’expérimenter toute chose allant de forts sentiments de joie à de fortes expériences d’angoisse sans se sentir déboussolée par aucun d’eux. Cela nous donne une place où nous réfugier qui est au-delà de ces moments individuels, de sorte que nous ne nous y perdons pas plus longtemps que nécessaire. Cet aspect est l’un de ceux que soulignent beaucoup de pratiquants. Le trika yoga nous permet d’atteindre un équilibre dans notre vie qui permet de discerner les choses dans leur juste proportion et de nous élever au-dessus des déséquilibres dans lesquels nous sombrons parfois.

C’est une pratique qui nous entraîne au contraire, à voir et à accepter la vie telle qu’elle est. Nous apprenons à séparer les conceptions romantiques et irréalistes dans lesquelles nous avons grandi, ce qui nous amène à vivre la vie avec moins d’agitation. Comme l’a suggéré Swamiji, nous découvrons que n’existe aucune raison de n’être pas joyeux. Nous avons non seulement tout ce dont nous avons besoin, mais bien plus encore.

Un troisième aspect important de cette pratique, c’est la présence d’un maître. C’est un ingrédient essentiel, relié à la nature même de la pratique. Un étudiant a observé que la relation d’une personne avec un maître était pour lui quelque chose d’absolument réel. Cette qualité dans la relation est généralement quelque chose que l’on comprend rapidement, et sa signification augmente au fur et à mesure que la relation se développe. Cela rend important pour le maître d’être une démonstration vivante de ce qu’il essaie d’enseigner, de ne pas prôner une chose tout en vivant quelque chose de différent.

Pour nombre d’étudiants, Swami Chetanananda est une personne qui démontre dans sa propre vie l’infinité de notre potentiel. Swami Lakshmanjoo, le dernier maître vivant dans la lignée du maître trika du douzième siècle Abhinavagupta, a dit un jour à un étudiant de Swamiji : « votre maître est un véritable maître. Il a les qualités d’un saint – il est simple et plein d’humilité. » La manière dont Swamiji est devenu ce qu’il est démontre le pouvoir qu’a la conscience de s’exprimer. Sa vie et son œuvre démontrent clairement que peu importe ce que nous sommes, d’où nous venons, et ce que nous faisons. La question est seulement de savoir comment nous sommes ouverts et accordés à l’énergie consciente de la Vie, et la profondeur avec laquelle nous entreprenons de connaître cette énergie.

Le maître, est évidemment, un élément à propos desquels les gens se posent des questions et émettent des réserves. Pourtant, comme l’a fait remarquer un étudiant, c’est une question qui ne concerne pas tant le rôle du maître que celui de l’étudiant. Cela concerne ce que nous comprenons, ce que nous faisons par nous-mêmes. Un bon étudiant, vient, regarde et pense les choses par lui-même. Il n’y a rien à perdre et tout à gagner. Il faut juste essayer et voir. Celui qui se sent nerveux ou sceptique à propos d’un maître, devrait se demander ce qu’il a amené et qu’il risque de perdre. Nous arrivons et examinons la situation. Si elle ne nous convient pas, nous repartons. Si nous ne l’essayons jamais, nous ne saurons.

Une différence ici par rapport à d’autres pratiques, c’est que la personne ne doit pas passer à travers une essoreuse afin de déterminer si elle est qualifiée pour recevoir quelque enseignement. Au lieu de cela, tout est donné dès le départ. Celui qui pense que c’est trop, peut accéder au niveau qui lui semble pertinent à ce moment-là.
Ce n’est pas non plus un système d’évaluation personnelle. Concernant une pratique telle que le hatha yoga, le néophyte arrive avec les jarrets rétractés et on lui donne les moyens de les relâcher. Il rentre à la maison avec l’impression d’avoir une technique lui permettant de traiter un problème spécifique, concret. Il intègre un cours de débutants ou de personnes plus avancées et s’évalue lui-même en ces termes. Avec la méditation, les choses sont beaucoup plus subjectives. Il n’est pas si facile que cela de dire si quelqu’un est un étudiant débutant, intermédiaire ou avancé parce que tout ici est expérimental.

Pourtant, comme l’a observé un étudiant, cela fait ressortir l’un des aspects les plus importants de cette pratique, qui va bien au-delà de la maîtrise d’une série de techniques ou la maîtrise de quelque chose d’extérieur. Au lieu de cela, la pratique nous amène en nous-mêmes pour y découvrir la source de tout ce que nous expérimentons dans la vie. Elle procure à la fois une explication logique de cette source et la possibilité de l’expérimenter personnellement. L’essentiel n’est pas de maîtriser un enseignement, mais de se maîtriser soi-même. La maîtrise d’un enseignement peut en constituer une partie, mais cela ne s’arrête pas là. De fait, il semble bien que ce soit sans limites. Bien que d’un côté il puisse paraître effrayant que la découverte de notre potentiel n’ait pas de fin, cela est réellement la source de toute notre liberté.

Comme le dit un des praticiens, ce peut être la pratique la plus exigeante que nous entreprendrons, ou du moins ainsi sera-t-elle si nous nous y adonnons vraiment. Elle demandera beaucoup plus que bien d’autres systèmes, parce que tôt ou tard, nous finirons par nous colleter à d’énormes quantités d’énergies. Pourtant, pratiquer le trika yoga de manière authentique nous fournira un contexte pour comprendre ce qu’est véritablement la réalité de la vie, de sorte qu’étant donné la nature du monde, nous puissions y vivre avec intégrité et qualité. Nous ne nous accordons pas au processus, mais demeurons présents, là où nous sommes. Ce qui revient encore et encore, c’est la notion de qualité de vie, ou le fait de vivre une vie authentique.

En tant que pratique, le trika yoga nous entraîne à expérimenter la vie comme un flux d’énergie, à discerner ce qui est constant sous les changements survenant dans notre vie. Alors que de nombreuses pratiques mettent l’accent sur l’aspect dynamique de la vie, ou sur son immobilité, cette tradition cherche l’unité des deux et contient tous les éléments de chacune. Quel que soit le moment de notre expérience, que ce soit en prenant le bus, en interagissant avec notre famille, où en accomplissant quoi que ce soit, nous en venons à découvrir que tout cela est, à l’extrême, l’état le plus élevé de méditation.

Ceux qui pratiquent cette tradition expérimentent qu’elle cherche à ce que les gens vivent leur propre vie et deviennent libres. Le résultat en est des personnes fortes et indépendantes. Croître de cette manière nous permet de découvrir notre cœur et d’aimer, quelque chose que nous avons tous besoin d’apprendre à faire sur une base routinière.

À l’extrême, l’essence de cette pratique, c’est que nous déambulons sur cette planète avec un fardeau.
Quelle que soit la situation, le fardeau est à la fois réel et irréel. Nous portons un poids et cette pratique nous permet de nous en libérer.

Linda L. Barnes
Éditeur