Approche tissulaire de l'ostéopathie

Corps, mémoire et ostéopathie

photo P Pontrandolfi

Porzia PONTRANDOLFI
CETOHM Lognes (France) Juin 2000

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Corps, mémoire et ostéopathie :
Peut-on considérer la lésion ostéopathique comme une forme de mémoire du corps ?

Tuteur de mémoire : Francis Peyralade

Introduction
Régulièrement au cours de traitements ostéopathiques, nous avons eu la surprise de voir apparaître, au fur et à mesure que les lésions ostéopathiques étaient corrigées, des pans de l’histoire des patients ; que ce soit sous la forme de souvenirs conscients ou de nouveaux motifs de consultation (douleurs, gênes) dus à de nouvelles lésions ostéopathiques, elles-mêmes liées à des traumatismes antérieurs... C’était comme si nous remontions le fil du temps, même si cela n’était pas le but que nous recherchions.

Le corps serait donc capable de mémoriser notre histoire. Comment procède-t-il ? En quoi le fait de libérer des lésions ostéopathiques contribue-t- il à retrouver des événements anciens ?
Ce questionnement nous est apparu comme un sujet de mémoire. Déjà, en psychomotricité, pendant les cures de relaxation, nous avions noté que les symptômes corporels ressentis par les personnes, étaient le plus souvent liés à des émotions, à des événements marquants de leur vie.

Ce mémoire est donc axé autour de deux interrogations :

1. Les lésions ostéopathiques peuvent-elles être considérées comme une mise en mémoire de l’histoire de l’individu ?

  •  Quels en seraient les mécanismes ?
  •  Dans quelle mesure le corps serait impliqué ? Comment le corps intègre et mémorise les informations qu’il reçoit ? Comment les exprime-t-il ? Comment les partage-t-il ?
  •  Pourrait-on alors parler à juste titre de « mémoire du corps » ?

En effet, même si ce terme paraît évident, familier dans la mesure où il est fréquemment utilisé aussi bien en ostéopathie que dans d’autres disciplines, nous ne connaissons pas réellement son mode de fonctionnement.

2. Comment envisager, dans ce cas, le traitement ostéopathique ?

  •  Au niveau local, consisterait-il à “ effacer ” la lésion, dans la mesure où nous parvenons à rendre leur mobilité aux tissus, aux parties du corps en lésion ?
  •  Au niveau général, consisterait-il à rétablir la communication entre ces parties et le reste du corps, en les réintégrant dans la globalité, l’unité ?

Il ne s’agit pas d’une réflexion sur la mémoire cognitive, sens que l’on attribue en première intention au terme “mémoire”. Un travail sur ce thème a déjà été réalisé par Roger-Bernard Vernouillet, en 1992.

Pour répondre à nos questions, nous avons pris le parti de ne pas réaliser un travail clinique qui pourrait constituer, à lui seul, la base d’un mémoire. Nous avons préféré effectuer un travail de recherche bibliographique dans le domaine ostéopathique, mais aussi philosophique, scientifique, médical, psychologique. En effet, nous considérons ce travail bibliographique comme un “passage obligé” avant toute recherche pratique ou clinique.

Dans une première partie, nous rappellerons les principes fondateurs énoncés par Still ainsi que son explication des mécanismes de la lésion ostéopathique. Puis nous verrons comment ses successeurs ont approfondi ces bases sans jamais les remettre en question.

Ce rappel nous permettra de voir comment les ostéopathes définissent, au fur et à mesure, ces mécanismes et en quoi ces différents points de vue contribuent à la mise en place de leur traitement.

Nous considérerons que notre traitement dépend aussi de la conception que nous avons du corps. Avons-nous entre les mains “un corps à redresser” ou “ un élément constitutif de la personne” ?
Pour resituer les principes de base de l’ostéopathie dans leur contexte historique et ainsi relativiser nos positions (théoriques, philosophiques), il nous semble important :

  •  de définir le mot « corps » ;
  •  d’avoir une vision historique de la notion de corps et de maladie qui ont fortement évolué au cours du temps. Nous reprendrons cette évolution à travers l’Histoire et l’histoire de la médecine.

Volontairement, nous nous restreindrons à l’histoire de la médecine en Occident car c’est elle qui est en lien direct avec l’ostéopathie.

Dans une troisième partie, nous présenterons la mémoire.

Puisqu’elle est l’objet d’étude privilégié des neurosciences et de la psychologie cognitive, il nous a semblé nécessaire de nous appuyer sur leurs conclusions pour poursuivre notre réflexion sur les mécanismes de la lésion ostéopathique. Nous montrerons:

  •  comment ces disciplines définissent la mémoire,
  •  quels sont ses mécanismes au niveau psychologique, neurologique et biochimique,
  •  s’il existe un support anatomique qui permette d’expliquer ces phénomènes.

Toutes ces données nous permettront de déduire l’existence de liens entre la mémoire et le corps.

Sachant que la psychanalyse, la psychologie humaniste et les thérapies corporelles ont abordé le sujet de la mémoire du corps, nous verrons dans une quatrième partie, comment elles peuvent nous aider à établir d’autres liens.

En conclusion, nous nous appuierons sur toutes ces réflexions pour :

  •  établir l’existence de la mémoire du corps, mais surtout comprendre son fonctionnement,
  •  confirmer les diverses hypothèses données par les ostéopathes sur les mécanismes de la lésion ostéopathique,
  •  tenter de définir les modalités du traitement ostéopathique.

Table des matières

Introduction

La lésion ostéopathique
I. Still (1828 - 1917)
I.1. Conception unitaire du corps
I.2. Définition de la lésion ostéopathique

II. Évolution des bases théoriques de l’ostéopathie et de l’explication des mécanismes lésionnels
II.1. Carl McConnell
II.2. Sutherland (1873 - 1954) et le concept crânien
II.3. Louisa Burns : la lésion vertébrale et ses répercussions tissulaires en cascade
II.4. J.M. Littlejohn et les répercussions de la lésion vertébrale sur la mécanique du rachis
II.5. H.H. Fryette et un modèle mécanique du fonctionnement et du dysfonctionnement de la vertèbre
II.6. Franck Chapman et les points réflexes
II.7. I. Korr et J. S. Denslow, explication neurophysiologique de la lésion ostéopathiqueII..
II.8. Beryl E. Arbuckle et la pédiatrie ostéopathique
II.9. Rollin Becker et les traces laissées dans le corps
II.10. Viola Frymann, le whiplash-injury : mémoire d’un traumatisme
II.11. J. Upledger et les ondes d’interférences
II.12. Gordon J. Zink et la faillite des systèmes de retour

III. Recherches actuelles
III.1. Vecteur mécanique
III.1.1. Chauffour et Guillot : le lien mécanique et la lésion ostéopathique (1985)
III.1.2. Pierre Tricot et les flux d’énergie bloquée (1992)
III.1.3. Barral et Croibier : énergie potentielle / énergie cinétique (1997)
III.1.4. Auquier et Corriat (1997)
III.2. Vecteur fluidique
III.2.1. L. Issartel, les fascias : trame de la vie
III.2.2. Gabarel et Roques (1985) : la lésion ostéopathique et ses conséquences sur la substance fondamentale 37
III.2.3. Serge Paoletti et la mémoire de la substance fondamentale (1998)
III.2.4. Bourdinaud : la lésion ostéopathique et ses conséquences sur les protéines
III.2.5. E. Mossi, I. Furlan et Peyralade, rôle du tissu conjonctif dans l’adaptation corporelle

IV. Conclusion

LE CORPS
I. Qu’est-ce-que le corps ?

II. Le corps a travers l’histoire de la medecine
II.1. Dans l’antiquité
II.2. Les Grecs
II.3. Les Romains
II.4. Le Christianisme
II.5. Le Moyen-Age
II.6. De la Renaissance au XXe siècle
II.7. Le XXe siècle
II.7.1. De 1900 à 1945
II.7.2. De 1945 à 1973
II.7.3. De 1974 à 1980
II.7.4. De 1980 à nos jours
II.8. Analyse du XXe siècle

III. Conclusion

LA MÉMOIRE : MECANISMES PSYCHOLOGIQUES, NEUROLOGIQUES ET BIOCHIMIQUES
I. Qu’est-ce que la memoire ?
I.1. Les différents types de mémoire
I.2. Mécanismes de la mémoire explicite
I.2.1. L’encodage
I.2.2. Les indices de rappel
I.2.3. Les processus de rappel
I.2.4. L’oubli
I.2.5. La consolidation
I.3. La mémoire implicite

II. MEMOIRE ET EMOTION

III. Pathologie de la mémoire
III.1. Les amnésies
III.2. Les amnésies psychogènes (ou fonctionnelles)

IV. Anatomie de la mémoire

V. Le support neuronal des souvenirs (neurophysiologie)
V.1. Synapses chimiques et plasticité synaptique
V.1.1. Historique
V.1.2. Données actuelles
V.2. Rôle de la plasticité dans la mémoire
V.2.1. La potentialisation à long terme (LTP)
V.2.2. La sensibilisation
V.2.3. La dépression à long terme
V.3. Mécanismes de la plasticité synaptique
V.3.1. Les mécanismes moléculaires
V.3.2. Les modifications moléculaires à long terme

VI. Conclusion

CORPS ET MÉMOIRE
I. Liens au niveau biologique, biochimique
I.1. Le système immunitaire, un exemple de mémoire cellulaire
I.2. Tissu conjonctif et mémoire du corps
I.2.1. Anatomie microscopique du tissu conjonctif

I.2.1.1, Les cellules
I.2.1.2, La substance fondamentale
I.2.1.3, Les fibres

I.2.2. Rôles du tissu conjonctif

I.2.2.1. Rôle dans l’unité mécanique structurelle
I.2.2.2. Rôle de protection
I.2.2.3. Rôle dans la cicatrisation
I.2.2.4. Rôles neurologiques
I.2.2.5. Rôle dans l’adhérence intercellulaire
I.2.2.6. Rôle dans la motilité cellulaire
I.2.2.7. Rôle dans la conduction et l’émission de messages
I.2.2.8. Rôle dans la conduction générale du liquide céphalo-rachidien
I.2.2.9. Rôle dans l’unité fonctionnelle

I. 3. Applications à l’ostéopathie

II. Liens au niveau mécanique
II. 1. La mémoire du mouvement
II.2. Mézières et le réflexe antalgique à priori
II.3. Struyf-Denys, l’organisation fonctionnelle des muscles en chaînes et leur incidence psychomotrice

III. Liens au niveau fantasmatique
III. 1. La psychanalyse et le rôle de l’inconscient
III. 1.1. L’approche psychanalytique de la mémoire
III.1.2. Reich et la notion de cuirasse musculaire
III. 2. La psychosomatique et la somatisation
III. 3. La psychomotricité et le double lien psyché - soma

IV. Liens au niveau communicationnel
IV.1. L’effet Zeigarnik et le concept de situation inachevée
IV.2. La Gestalt-thérapie
IV.3. Janov et la thérapie primale
IV.4. Analyse Transactionnelle et la notion de scénarios

V. Au niveau transpersonnel

VI. Conclusion

CONCLUSION

I. Corps et mémoire
II. La lésion osteopathique
III. Le traitement osteopathique
III.1. Rétablir la forme initiale
III.2. Rétablir le mouvement
III.3. Permettre l’établissement ou le rétablissement des liens entre les différents niveaux d’organisation d’un individu
IV. Spécificités de l’ostéopathie

GLOSSAIRE
BIBLIOGRAPHIE
ANNEXES A : LE CYTOSQUELETTE, RESPONSABLE DE LA STRUCTURE ET DE LA MOTILITÉ CELLULAIRE
ANNEXES B : ANATOMIE DE LA MÉMOIRE

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