Livre : Grossesse, hormones et ostéopathie - Préface

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Préface

Dès le début de ma formation en ostéopathie, mes maîtres français (R. Quéguiner, F. Peyralade) et américains (V. Frymann, T. Schooley) nous ont présenté l'ostéopathie comme un moyen privilégié pour aider les enfants à développer leurs potentiels et atteindre la maturité psychomotrice indispensable à l'acquisition d'une véritable autonomie. Ainsi, malgré les difficultés et les doutes qui me paralysaient, j'ai très tôt accepté de traiter nouveaux-nés, bébés et enfants.

Les ostéopathes s'occupant d'enfants connaissent bien les symptômes les plus courants présentés par les nouveaux-nés et les bébés en difficulté : régurgitations, problèmes de digestion, de sommeil, manifestations rhino-pharyngées et respiratoires, agitation ou au contraire inertie, retards de développement, etc. Pour nombre de ces symptômes, la médecine classique offre peu de réponses satisfaisantes : elle permet parfois d'améliorer le symptôme, mais modifie rarement le fond du problème. Or, comme beaucoup d'autres praticiens, je constate une recrudescence inquiétante du nombre de consultations pour des enfants présentant des difficultés de cet ordre et de manifestes problèmes de développement, le plus souvent accompagnés de crânes durs, parfois (très) déformés et souvent (très) inertes.

J'ai bien conscience que cette recrudescence pourrait n'être qu'une apparence, conséquence particulière de la loi sur les droits des patients votée par le parlement en mars 2002. En effet, depuis cette date, l'ostéopathie n'est plus (ou moins) considérée comme acte charlatan. L'attitude des médias s'est d'ailleurs radicalement transformée. Nombre de journaux, magazines et même la télévision, n'hésitent plus à présenter l'ostéopathie et le font sous un jour beaucoup plus favorable qu'auparavant. Ainsi, chez nombre de patients, la réticence à sauter le pas s'est transformée en désir de consulter l'ostéopathe : on en parle à la télé. De plus, l'information proposée évoque souvent ses indications, y compris chez l'enfant, de sorte que beaucoup de mamans espèrent trouver chez l'ostéopathe des réponses et une aide qu'elles ne trouvent pas chez leur médecin. Allons plus loin. Il y a peu encore, pour certaines difficultés, il ne serait pas venu à l'idée des parents de consulter un ostéopathe. Le nombre de consultations concernant les enfants augmentant, il est donc logique que le nombre de cas évoqués plus haut paraisse lui aussi avoir augmenté.
S'agit-il seulement d'une apparence ? Je ne le crois pas. Même en tenant compte de ces facteurs, il suffit d'interroger des praticiens de médecine classique (notamment pédiatres), pour être certain qu'il y a bel et bien recrudescence des problèmes cités plus haut. À quoi, dès lors, attribuer cela ?

Pendant très longtemps, nous avons incriminé la naissance qui, par les contraintes mécaniques importantes imposées au crâne de l'enfant, semblait être la cause de ces difficultés. Mais, à l'évidence, nombre de manifestations dans la structure de l'enfant nous obligent à penser que les difficultés naissent au cours de la phase de développement, dans la période intra-utérine. Certaines déformations, certaines densités tissulaires apparaissent trop intégrées dans la structure de l'enfant pour n'être que le résultat de la naissance. À l'évidence, la structure de l'enfant a subi un modelage, résultat d'une position trop longtemps maintenue, ou une compression, elle aussi maintenue longuement, qui a contraint toutes ses structures, les empêchant de se développer normalement. Lorsque je tente d'expliquer cela aux mamans qui m'amènent leur petit, je parle de « crise du logement ».
Comme beaucoup d'ostéopathes, Bruno Conjeaud a constaté ces faits et s'est posé la question du pourquoi. Mais il est allé plus loin que la simple interrogation. Il a émis l'hypothèse qu'une grande partie des symptômes constatés provient d'une difficulté de développement de la matrice, elle-même conséquence de la mauvaise gestion par l'organisme féminin de l'imprégnation hormonale générée par la pilule. De plus, non content de formuler l'hypothèse, il s'est donné la peine et les moyens de chercher les raisons anatomiques et physiologiques permettant de l'expliquer et surtout de trouver des outils simples et ostéopathiquement cohérents pour y remédier.

Le présent ouvrage est l'exposé de sa recherche et de sa démarche. Il apporte des réponses souvent évidentes (connues d'ailleurs de la plupart, y compris en médecine classique) et ostéopathiquement pertinentes. Et surtout, il offre aux mamans un moyen d'enfanter de manière beaucoup plus harmonieuse, de concevoir des enfants plus aptes à développer leur potentiel et cela, grâce à des mesures thérapeutiques efficaces, et finalement peu onéreuses pour le corps social – bien moins en tout cas que les conséquences qu'elles traitent. À ce titre, et parce qu'il expose une aventure d'amour et de progrès humains, c'est une œuvre typiquement ostéopathique, s'inscrivant dans la lignée stillienne. Cet ouvrage aidera plus d'un praticien (et donc nombre d'enfants) confronté à ces difficultés. Je lui souhaite tout le succès qu'il mérite.

Pierre Tricot
Granville, juin 2005