Francis Peyralade (1928-2013) - La SERETO

Index de l'article

La SERETO

En 1978, nous avons décidé de revenir en région parisienne et j’ai pu renouer plus régulièrement avec la structure d’enseignement. Cette même année, face à la demande grandissante d’inscriptions à votre association, il a fallu modifier la forme juridique (association 1901) qui n’était plus adaptée et ainsi est née la SERETO (Société d’Études et de Recherches de Techniques Ostéopathiques). L’ostéopathie était maintenant citée, mais l’enseignement s’adressait exclusivement à des kinésithérapeutes. À cette époque également, j’ai rejoint l’équipe enseignante de la SERETO, pour y donner quelques cours (sur le système nerveux, et mes premiers cours sur le travail avec les fascias).

Le travail sur les fascias a pour moi été important, en ce sens que c’est à partir de lui que j’ai commencé à vraiment améliorer ma palpation. Une des raisons majeures qui m’a aidé, c’est qu’en fascia, on peut se laisser aller dans la perception, on n’est pas à la recherche de mouvements normés comme en crânien. Et c’est ainsi que j’ai pu sentir des choses, simplement parce que je m’autorisais à laisser venir ce qui voulait bien venir... Mais ce qui m’intriguait, c’est que des tissus puissent se mettre à bouger et à manifester des mouvements que la physiologie courante n’évoquait absolument pas. Grâce à quelques pistes données par Viola Frymann (le fil du téléphone...), j’ai alors commencé à développer une compréhension personnelle de ce qu’il se passait (à quoi correspondait ce que nous ressentions). Tu t’es montré alors particulièrement bienveillant avec les idées que j’avançais et par rapport à la cohérence que j’essayais de mettre en place, et par tes questions et tes remarques, tu m’as aidé à préciser ma pensée et à éviter quelques pièges conceptuels. Nous avons eu des échanges particulièrement enrichissants.

À cette époque existaient bien entendu d’autres collèges d’ostéopathie. Mais nous n’avions avec eux quasiment aucun contact. Tu sais bien à quel point les ostéopathes peuvent parfois avoir des comportements plutôt autistiques... C’est alors qu’au début des années 1980 (1981) est né le Registre des Ostéopathes de France, fondé par quatre ostéopathes que nous ne connaissions pas : Robert Perroneaud-Ferré, Régis Godefroy, Jean Peyrière et Jean Josse, dont l’objectif était de créer, de promouvoir et de faire reconnaître la profession d’ostéopathe en tant que profession indépendante de celle de kinésithérapeute. Pour pouvoir être membre du ROF, il fallait alors être diplômés d’un des collèges d’ostéopathie agréés par le Registre, avoir retiré son diplôme de masseur kinésithérapeute de la préfecture et, se déclarer ostéopathe auprès des organismes sociaux et du Trésor.

Tu t’es montré dès le départ intéressé par ce concept parce que tu déplorais que parmi tous les kinésithérapeutes déjà formés à l’ostéopathie, si peu l’exercent réellement, préférant souvent utiliser juste quelques techniques de manipulation intégrées à des soins de kinésithérapie. Tu es devenu, toi aussi, membre du ROF et a poussé certains d’entre nous à le faire également. Personnellement, j’ai attendu la fin de 1984 pour « sauter le pas ». J’avais alors le n° 46. C’est dire que nous n’étions pas encore bien nombreux en France... A posteriori, je considère que cette décision, bien que difficile à prendre – elle impliquait tout de même quelques risques... a été pour moi une des meilleures de ma vie (en tout cas professionnelle), en ce sens qu’elle m’a mis totalement en cohérence avec mes fondamentaux philosophiques et éthiques. Elle m’a permis d’expérimenter directement la puissance que donne la mise en cohérence du faire et avec les essentiels de l’être... Et cela, je ne l’aurais peut-être pas expérimenté sans ton soutien bienveillant.

FP 06

Cette nouvelle orientation a généré au sein de la SERETO de sérieux conflits, une partie du corps enseignant (dont René Queguiner) étant résolument défenseur d’une ostéopathie enseignée et exercée dans le cadre de la profession de kinésithérapeute et l’autre, dont tu faisais partie désirant séparer les deux professions pour les raisons déjà évoquées. Finalement, en 1987, une partie des enseignants de la SERETO a décidé de la quitter pour créer sa propre structure d’enseignement, avec comme objectif de participer à la formation d’ostéopathes indépendants de la profession de kinésithérapeute. Ainsi est né le CETOHM (Collège d’Enseignement Traditionnel de l'Ostéopathie Harold Magoun), à la création duquel j’ai activement participé. Même si tu nous as soutenu dans ce projet, tu n’as alors pas souhaité faire partie de l’équipe fondatrice (tu étais encore engagé dans la SERETO).