Livre : Manuel de principes de l’ostéopathie - Pourquoi faillite totale ?

Index de l'article

Cela étant, je ne savais pas en quoi ces ouvrages écrits par d’autres pouvaient bien représenter la « faillite totale d’un ostéopathe. » Un tel commentaire témoignait-il de la part de Still d’une souffrance à voir « son enfant, » l’ostéopathie, lui échapper, prise en charge par d’autres, ou bien y avait-il vraiment trahison de ce qui lui semblait essentiel ? Ne connaissant pas ces ouvrages anciens écrits par d’autres auteurs (à cette époque, il était très difficile de se les procurer), je ne pouvais me faire une idée personnelle sur la question.

Par ailleurs, si tout le travail sur Still et son histoire m’ont passionné, il ne m’ont pas permis de répondre à une question qui m’intriguait, comme d’ailleurs beaucoup d’autres : comment travaillait-il ? Quelles techniques utilisait-il ? Ses écrits sont extrêmement avares de précisions à ce sujet. J’avais seulement retenu qu’il ne préconisait pas le recours exclusif à un type particulier de technique : « Je désire exprimer clairement qu'il existe de nombreux moyens pour ajuster les os. Et lorsqu'un praticien n'utilise pas la même méthode qu'un autre, cela ne démontre aucunement de l'ignorance criminelle de la part de l'un ou de l'autre, mais simplement deux moyens différents pour obtenir des résultats. Un habile mécanicien possède plusieurs méthodes par lesquelles il peut parvenir au résultat désiré. Un point fixe, un levier, une torsion ou la force d’une vis, peuvent être utilisés par tous les mécaniciens et le sont effectivement. Le choix des méthodes doit être décidé par chacun, et dépend de sa propre habileté et de son jugement. Un praticien est droitier, un autre gaucher. Ils choisiront différentes méthodes pour accomplir la même chose. Chaque praticien devrait utiliser son jugement personnel et choisir sa propre méthode pour ajuster tous les os du corps. Le problème n'est pas d'imiter ce que font avec succès quelques praticiens, mais de ramener un os de l'anormal au normal. » [2]

Pourtant, à cette époque, en France, la pratique de l’ostéopathie ne pouvait se concevoir sans thruster. Nombre d’enseignants n’hésitaient pas à affirmer que l’on ne pouvait se prétendre ostéopathe si l’on ne savait pas « thruster » ou n’acceptait pas de le faire (cela a-t-il vraiment changé aujourd’hui ?).

Or Still lui-même se montrait beaucoup plus circonspect : « Quelqu’un demande : ' Comment devons-nous tirer un os pour le remettre en place ? ' Je réponds : ‘ Tirez-le jusqu’à sa bonne place, et laissez-le là. ‘ Un homme conseille de tirer tous les os que vous essayez de corriger, jusqu’à ce qu’ils ‘ craquent ‘. Ce ‘ craquement ‘ n’est pas un critère auquel se fier. Les os ne craquent pas toujours quand ils se remettent en place, pas plus que le craquement ne signifie qu’ils sont correctement ajustés. En tirant sur votre doigt, vous entendrez un bruit soudain. La séparation brutale et forcée des extrémités des os formant l’articulation provoque un vide, et l’air pénétrant dans l’articulation et remplissant ce vide produit ce bruit sec. Voilà tout simplement l’explication de ce ‘ craquement ‘ auquel le patient accorde une telle importance qu’il est pour lui la preuve que la correction est réussie. L’ostéopathe ne devrait pas encourager cette idée chez son patient comme étant la démonstration que quelque chose est accompli. » [3] (c’est moi qui mets en gras).